Les villes imaginaires, version 2004
«Version», la biennale de la création contemporaine et des nouvelles technologies se tient à Genève, sur le thème des villes imaginaires.
Stimulante échappée pour cette édition 2004!
Il y a des villes solidement ancrées dans la terre, irrémédiablement chevillées à la réalité. Ce sont en général les villes dans lesquelles nous vivons. Elles peuvent être ennuyeuses, dangereuses, fatigantes.
Et puis, il y a les villes vers lesquelles nous fuyons. Celles-ci peuvent naître de nos rêves. Ce sont des villes imaginaires. Elles ne sont pas forcément utopiques, mais elles se profilent comme une échappatoire, très salutaire dans notre monde terriblement mécanisé.
Clin d’œil au «Sims»
Ces villes imaginaires occupent donc deux étages du Centre pour l’image contemporaine à Genève. Comment y sont-elles entrées? Pas avec des grues bien sûr. Mais grâce à la vidéo que manient ici avec une dextérité fascinante des artistes internationaux, dont des Suisses.
Présentées dans le cadre de la manifestation biennale «Version», leurs réalisations font l’objet d’une exposition appelée «SIMulation city».
Clin d’œil au célèbre jeu vidéo «Sims», ce titre en dit long sur les potentialités des jeux électroniques et les manipulations ludiques que ceux-ci autorisent.
Car si les villes réelles se construisent avec de la pierre, les cités imaginaires se fabriquent, quant à elles, avec des procédés numériques. Procédés que les artistes accueillis à Genève mettent à profit pour redessiner, voire réinventer, l’espace urbain. Pour y placer aussi les habitants d’une ville, y suivre leur parcours individuel ou collectif et tracer leurs trajectoires de vie. De vie virtuelle bien sûr.
L’idée des cités imaginaires n’est pas inédite. L’écrivain Italo Calvino l’abordait déjà dans son brillant livre «Villes Invisibles» auquel on pense inévitablement à la sortie de l’exposition.
Destins de personnages anonymes
Comme on pense d’ailleurs à Peter Handke qui, dans sa pièce muette «L’Heure où nous ne savions rien l’un de l’autre», porte à la scène la vie d’une place publique quelque part dans une ville. S’y croisent les destins de personnages anonymes, semblables à ceux qui animent la toile de Peter Aerschmann.
Peter Aerschmann (35 ans) est alémanique. Dans le cadre de «SIMulation city», il présente «Stop», une installation interactive conçue à partir de scènes de rue filmées et projetées, par vidéo interposée, sur grand écran.
Point focal de ces scènes: un arrêt de bus. Soit un «Stop» qui s’anime lorsque le visiteur appuie sur un bouton et fait circuler les passants selon des parcours répétés, mais à chaque fois différents.
Autres parcours imaginés par l’artiste Chilienne Tania Ruiz (31 ans) qui dans «Plaza I et II» s’attarde elle aussi sur une place publique.
Questions sociales
Mais ici, les personnages de la place, qui bougent comme dans un film d’animation, suivent dans leurs déplacements des trajectoires tracées à l’avance. Et donc soustraites à tout changement.
Dépassant les considérations simplement esthétiques, l’exposition aborde aussi les questions sociales liées à toute vie urbaine. «SIMulation city» trouve donc une place de choix dans cette «Version» consacrée à l’usage des nouvelles technologies dans l’art visuel contemporain.
«Pour son édition 2004, cette manifestation biennale, créée en 1994, remet en cause la notion de ville: où s’arrête celle-ci et quelles aberrations engendre-t-elle?», confie André Iten, directeur du Centre pour l’image contemporaine.
Afin de répondre à ces interrogations, des projections de films, des débats et des conférences sont également au programme de «Version 2004» qui se tient jusqu’au 19 décembre.
swissinfo, Ghania Adamo
«SIMulation city» est une exposition présentée dans le cadre de la manifestation biennale «Version 2004».
Projections de films, débats et conférences sont également au programme.
L’exposition se tient jusqu’au 19 décembre au Centre pour l’image contemporaine, à Genève.
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