Mieux qu’une image volée au réel
Le cinéma d'animation a son festival international en Suisse aussi. Fantoche est établi à Baden, où se tient actuellement sa cinquième édition.
Pour swissinfo, son patron Frank Braun esquisse les contours et ressorts de la manifestation.
515 films de 37 pays, 20’000 spectateurs escomptés: le festival international du film d’animation organisé à Baden (à deux pas de Zurich) aligne les chiffres éloquents, mais déjoue toute comparaison (avec Annecy ou autre).
«La compétition entre festivals ne nous a jamais intéressé, explique Frank Braun, patron et fondateur de Fantoche. Dans le monde de l’animation, on ne connaît pas le star system. Les seules stars sont les créateurs eux-mêmes, qui restent très disponibles, très humbles.»
Et si Fantoche est aujourd’hui un «label connu partout dans le monde professionnel», c’est bien en raison de sa singularité. «Nous présentons des films innovants, à forte valeur artistique. C’est notre credo», explique Frank Braun, lui-même responsable d’un cinéma indépendant à Zurich (Riff Raff).
Francophone, et pourtant
En dix ans et cinq éditions, Fantoche a réussi à imposer sa présence sur la scène suisse alémanique et internationale. Mais la Suisse romande et la France découvrent depuis peu seulement ce festival au patronyme pourtant bien francophone (inspiré du héro d’Emile Cohl, père du dessin animé).
«Au départ, nous visions un public régional, explique Frank Braun. Tout de suite, nous avons obtenu une audience internationale dans le monde professionnel.»
«Dans les premières années, on connaissait davantage Fantoche en Angleterre ou en Russie qu’en Suisse romande, poursuit-il. Parfois, la barrière entre Suisse romande et Suisse alémanique est plus imperméable qu’on ne le croit…»
Bouche à oreille, travail et patience se sont avérés payants. Une chance pour une Suisse romande qui concentre une densité de réalisateurs de films d’animation supérieure à la Suisse alémanique.
L’animation omniprésente
Prise globalement, la Suisse du cinéma d’animation fleurit de nouveaux talents en nombre croissant. «Les jeunes sont de plus en plus nombreux à développer leur propre style», observe Frank Braun.
«Depuis une vingtaine d’années, l’animation elle-même ne fait que se développer, complète l’Alémanique. En salle, mais aussi dans les domaines liés à la digitalisation des images (jeux vidéo, internet).»
Comme à chaque édition, Fantoche projette des films tout en cherchant à favoriser la réflexion. En particulier, cette année, sur la question de l’identité des oeuvres.
A une époque où les médias d’animation cassent les barrières (des langues) entre les cultures, le festival se demande en particulier s’il existe «des repères forts qui permettraient de qualifier un film de typiquement taïwanais ou de typiquement japonais, par exemple».
Un cinéma irrésistible
Pour ce qui est de la Suisse en tout cas, le fondateur de Fantoche est catégorique: «Non, il n’existe pas de style propre à la Suisse».
«La Suisse est un pays d’individualistes. Et l’animation est un média idéal pour l’expression individuelle et subjective, poursuit Frank Braun. Il n’est pas même possible de déterminer des thèmes typiques, comme on ne peut pas le faire non plus dans la production cinématographique suisse en général.»
D’ici ou d’ailleurs, peu importe, finalement. Le cinéma d’animation est l’expression de mondes imaginaires, fantastiques, «complètement faux» mais qui dégagent «une magie plus forte que l’image photographique du cinéma» traditionnel, assure Frank Braun.
«Pour moi, confie-t-il, c’est du cinéma pur. Il me jette de l’illusion à la figure, mais sa force est irrésistible.»
swissinfo, Pierre-François Besson
Le festival international du film d’animation Fantoche a lieu du 6 au 11 septembre à Baden.
515 films de 37 pays sont projetés lors de cette cinquième édition.
Biennal, l’événement devrait attirer quelque 20’000 spectateurs dans la cité du canton d’Argovie.
– Dans le cadre de son Concours international, Fantoche met en concurrence 34 films d’animation de 20 pays à l’originalité avérée. Autre morceau de choix, la projection de 32 fleurons de la production mondiale de ces deux dernières années.
– Au menu de Fantoche aussi: un programme thématique consacré aux effets de la mondialisation sur le film d’animation, un forum d’information, une programmation destinée aux enfants, etc.
– Hormis les premières de longs-métrages d’animation («Le château ambulant» de Miyazaki notamment), le festival présente plusieurs productions suisses – «L’homme sans ombre» de George Schwizgebel ou «Circuit Marine» d’Isabelle Favez par exemple.
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