Notre-Dame de Paris, majestueuse et aseptisée
Jusqu'au 22 janvier, l'Arena de Genève accueille «Notre-Dame de Paris», la comédie musicale signée Luc Plamondon et Richard Cocciante d'après le roman de Victor Hugo. Une énorme machine bien huilée, plus sentimentale que gothique.
Jusqu’au 22 janvier, l’Arena de Genève accueille «Notre-Dame de Paris», la comédie musicale signée Luc Plamondon et Richard Cocciante d’après le roman de Victor Hugo. Une énorme machine bien huilée, plus sentimentale que gothique.
Le décor est imposant, bien sûr. Et les lumières le font vivre, isolant ici le détail du fameux mot gravé, «Anarkia», ou là, un personnage qui escalade l’escalier intérieur d’une tour. Sur le vaste plateau, d’énormes colonnes se déplacent, restructurant l’espace, l’aérant ou le comprimant au gré de l’intrigue.
Les chanteurs chantent bien, et cela même si les artistes de la première mouture se font rares. Ils chantent bien, en tout cas dans le contexte actuel, où à l’instar de Céline Dion et de Lara Fabian, un bon chanteur populaire est un chanteur qui chante juste, fort, et avec beaucoup de tremolo.
Ils ne sont pas pour autant des acteurs, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on leur demande. D’autant plus que le véritable dynamisme du spectacle est apporté avec brio par les danseuses, les danseurs et les acrobates. Et les temps forts résident davantage dans les mouvements de masse que dans les innombrables moments sentimentalo-mélos où les héros se lamentent sur leur désir inassouvi, toujours dans une ambiance crépusculaire bleue et violette.
Des lumières si esthétisantes qu’elles en deviennent froides, lisses. Comme l’est d’ailleurs la musique, pourtant réussie, de Cocciante: pas le moindre instrument sur scène. Orchestre et choeurs sont préenregistrés, et les artistes chantent donc accompagnés d’une bande-son que l’on a déjà entendue mille fois. Evidemment, cela coûte moins cher à la production, et le public n’est pas déstabilisé: ça, il connaît déjà, et c’est comme ça qu’il aime. A preuve, la standing ovation dont il gratifie régulièrement la troupe.
A la fin, on le sait, la belle et la bête périssent. Esmeralda est pendue en Place de Grève. Quasimodo se laissera mourir sur son cadavre, dans le charnier de Montfaucon. Hugo se place alors deux ans plus tard et conclut son roman par ces mots: «Quand on voulut le détacher du squelette qu’il embrassait, il tomba en poussière». Plamondon, lui, fait chanter le bossu une dernière fois et lui fait dire: «Laisse-moi partir avec toi, Mourir pour toi n’est pas mourir». C’est nettement plus sage.
En refermant le roman de Hugo, l’image qui nous reste en tête est celle de Notre-Dame, profonde et sombre, et du Paris médiéval, foisonnant… Notre-Dame et Paris dans les entrailles desquelles s’agite un monde désordonné, tout de passion, de violence et de démesure. En quittant l’Arena, on se souvient surtout d’avoir vu une triste et triple histoire d’amour impossible sur fond de beau décor en carton-pâte… En guise de parchemin, du papier glacé.
Bernard Léchot
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