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Paris met en lumière la photo suisse

«Gemmipass», de Thomas Flechtner (1999). blancapainstepczynski

Lieu de marché et vitrine de la photographie mondiale, Paris Photo fait de la création helvétique le clou de son édition 2004.

La jeune génération de photographes, les vidéastes et le Fotomuseum de Winterthour sont à l’honneur du 11 au 14 novembre.

«Depuis vingt ans, la Suisse vit un grand bouleversement sur le plan de l’art contemporain. Et beaucoup de ses artistes sont très cotés. Il était important que Paris Photo en prenne acte», explique Valérie Fougeirol, commissaire de ce huitième salon international de la photographie.

Paris Photo se veut «le rendez-vous de référence» dans le domaine – professionnels et passionnés seront tous là. Depuis sa création en 1997, le marché-vitrine parisien met en avant la créativité d’un pays invité.

«Mais c’est la première fois que Paris Photo déploie une telle énergie pour un pays», assurent les organisateurs. Ce plan rapproché sur la création suisse repose sur trois piliers.

Vent de fraîcheur d’abord. Huit galeries helvétiques viennent présenter chacune le travail d’un artiste vivant et oeuvrant en Suisse. Derrière la figure emblématique de John Armleder, c’est un résumé de la jeune génération qui est livré.

Entre références et méconnaissance

Thomas Flechtner, Jules Spinatsch, Nathalie Rebholz, Laurence Huber, Claudio Moser, Erik Dettwiler, Régis Golay: ces noms vont profiter «du facteur d’accélération» du salon, assurent ses organisateurs.

«Je suis partagé, lance Thomas Flechtner, qui présentera une série sur les cerisiers en fleurs au Japon. D’un côté, des milliers de personnes seront là chaque jour. Dans une galerie, cent visiteurs, c’est déjà beaucoup. Il faut donc participer, et je serai sur place. Mais cette présence ne m’apportera pas grand chose sur le plan de mon travail personnel. On parle ici d’un supermarché…»

La Suisse fera parler d’elle grâce aussi au Fotomuseum de Winterthour et une trentaine d’œuvres des années soixante à quatre-vingt-dix, sorties de ses collections (Robert Frank, Vanessa Beecroft, Thomas Ruff, etc).

Institution de référence sur la scène photo internationale, le Fotomuseum est curieusement méconnu en France. Les organisateurs de Paris Photo ont décidé de ne pas laisser les choses en l’état.

Troisième jalon de la présence helvétique: une sélection subjective des travaux vidéo et filmés de plus de vingt-cinq artistes suisses. Un exercice signé par le Centre culturel suisse à Paris.

En forme de triptyque, cette programmation rassemble les oeuvres des pionniers (Dieter Roth, Jean Otth, etc), celles de la génération des Pipilotti Rist et autre Sylvie Fleury, enfin les travaux de jeunes artistes nés dans les années soixante-dix.

Un médium parmi d’autres

«Les artistes suisses utilisent la photo comme un médium parmi d’autres, analyse Valérie Fougeirol. Ce ne sont pas des photographes au sens strict, mais des artistes contemporains.»

Ceci dit, les organisateurs de Paris Photo ne sont pas dupes. «L’idée d’un art national en Suisse ne tient pas la route, indique la commissaire. Il n’y a pas d’école suisse. La scène y est très ouverte, les artistes bougent beaucoup et sont intégrés dans les circuits de la photo internationale.»

Thomas Flechtner va plus loin. «Aujourd’hui, il n’y a plus de frontières, ni économiques, ni artistiques. Il n’y en a d’ailleurs jamais vraiment eu.»

Et si la Suisse occupe une place sans commune mesure avec sa taille dans l’histoire et l’actualité de la photo, «on vit une période où il très difficile de parler en terme de pays», estime le photographe.

Le parcours de Thomas Flechtner est, à cet égard, révélateur. Le Suisse a vécu à Londres avant de rentrer au pays, et expose à Tokyo comme à New York, à Bilbao comme à Heidelberg.

Soit dit en passant, ce parcours à cheval sur les frontières, on le retrouve dans PHOTOsuisse. Un livre doublé de 28 portraits filmés de photographes contemporains, publié cet automne.

On le voit, si la photo suisse n’existe pas, la photo en Suisse fait mieux qu’attirer les regards. La preuve à Paris.

swissinfo, Pierre-François Besson

Paris Photo a lieu du 11 au 14 novembre au Carrousel du Louvre.
Sont présents cette année 105 exposants, dont 94 galeries et 11 éditeurs.
Seize pays sont représentés, dont l’Iran et l’Italie pour la première fois.
La Suisse est le pays invité de cette huitième édition.
Quelque 40’000 visiteurs sont attendus sur les bords de la Seine.

– SRG SSR idée suisse, en collaboration avec la Fondation suisse pour la photographie et Lars Müller Publishers, a publié cet automne PHOTOsuisse. Un panorama de la photographie contemporaine en Suisse à travers 28 portraits.

– Après le climat d’euphorie spéculative entre la fin des années nonante et 2002, le marché de la photo s’est apparemment détendu. Selon les organisateurs de Paris Photo, les acheteurs sont aujourd’hui «extrêmement aiguisés» et «très vigilants» sur la qualité.

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