En Suisse, la diversité musicale est bien vivante

Le Montreux Jazz Festival a été fondé en 1966 par Claude Nobs. RDB

Le jazz et les musiques improvisées contribuent au dynamisme et à la richesse de la scène culturelle suisse. Bon nombre de musiciens nés ou formés dans le pays alpin réussissent une carrière internationale.

Ce contenu a été publié le 06 juin 2013 - 11:01
Rodrigo Carrizo Couto, swissinfo.ch

Il y a quelques années, Colin Vallon se produisait dans de petits clubs de province où les musiciens font parfois la quête après avoir joué. Aujourd’hui, il donne des concerts dans des salles prestigieuses, à Paris ou à Berlin. Né en 1980 à Lausanne, ce pianiste et compositeur formé à la Swiss Jazz School de Berne a fait son entrée, en 2011, à la maison de disques allemande ECM, la Mecque des musiciens de jazz. Colin Vallon trace ainsi son chemin sur la scène internationale, mais il n’est pas le seul Suisse à réussir sa notoriété.

Un des premiers musiciens de la nouvelle génération à avoir franchi les frontières helvétiques est Erik Truffaz. Ce trompettiste, né en 1960 à Chêne-Bougeries, près de Genève, a fait connaître à travers le monde son univers particulier qui réunit jazz, rythmes électroniques et musiques ethniques. Une grande partie de sa carrière, il l’a menée en France. Mais il maintient avec son pays natal des liens forts. Il n’est donc pas étonnant de le voir à l’affiche du Montreux Jazz Festival ou du Festi’neuch. Son dernier album, Le Temps de la révolution, il le partage avec la chanteuse bâloise Ana Aaron, autre étoile montante.

  

Le succès de Truffaz auprès des mélomanes s’explique par l’éclectisme de sa musique et par sa capacité à suivre les tendances, évitant ainsi de s’enfermer dans un style. Aussi n’hésite-t-il pas à collaborer avec des DJ ou des rappeurs, avec des musiciens d’Inde ou du Maghreb, à pratiquer le meilleur jazz américain ou à travailler le son unique de sa trompette numérique.

La musique du samouraï

Nous l’avons rencontré un lundi à Zürich West, un quartier branché où se retrouve la jeunesse la plus agitée de Zurich. Nik Bärtsch se produit au club Exil, accompagné de son groupe Ronin. Le pianiste et compositeur portait ce jour-là un vêtement noir qui faisait penser à un kimono, clin d’œil au Japon  médiéval où l’on appelait ronin un samouraï sans maître.

Né à Zurich en 1971, Bärtsch est un fan de la culture nippone. C’est au Japon qu’il a perfectionné un style musical appelé zen-funk. Soit une musique hypnotique et répétitive, faite de rythmes obsédants et d’improvisations inattendues. Ses tonalités rappellent celles de la musique électronique d’aujourd’hui. Raison pour laquelle le groupe Ronin plaît à un public jeune et rencontre le succès aussi bien dans les pays scandinaves qu’en Afrique du Sud ou aux Etats-Unis.

Bärtsch reconnaît que sa musique s’appuie sur «le principe de répétition et de réduction». Considéré sous cet angle, son travail s’apparente au style minimaliste. Mais ses improvisations musicales permettent,  par ailleurs, de placer son œuvre sous l’étiquette «jazz». Le pianiste nie la présence de toutes racines suisses au cœur de sa musique. Sa maison de disque explique que Bärtsch «s’inspire de l’espace urbain et des bruits de la ville».

Le jazz en Suisse

L’histoire du jazz en Suisse remonte aux années 20. Les premiers enregistrements commencent alors. En même temps, se forment les premiers orchestres de danse. Pour la jeunesse de l’époque, le jazz est une forme de rébellion. Il fait souffler un vent de liberté.

Au sortir de la guerre, la Suisse entre dans le grand circuit international du jazz. 

En 1966, Claude Nobs fonde le Montreux jazz festival. Il décroche des contrats internationaux de première importance.

En 1974 se produit une petite révolution avec la création à Genève de l’Association pour l’encouragement de la musique improvisée (AMR) qui jouit de l’aide financière publique.

En 1975, le festival de jazz de Willisau, près de Lucerne, voit le jour. Lieu incontournable pour les fans du jazz, ce festival a accueilli en l’espace de 800 concerts plus de 2000 artistes. Le célèbre pianiste Keith Jarrett le considère comme «le meilleur endroit au monde pour la musique».

En 1976, la Swiss Jazz School de Berne attribue les premiers diplômes universitaires aux musiciens de jazz, équivalents aux qualifications des conservatoires de musique classique.

Parmi les grandes figures du jazz, citons: Teddy Stauffer, George Gruntz, Franco Ambrosetti, Pierre Favre, Irène Schweizer, Claude Nobs, Erik Truffaz, Colin Vallon, Nik Bärtsch, Elina Duni, Thierry Lang et Erika Stucky.

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Un art individuel

«Il n’y a pas une seule et unique manière de comprendre la musique suisse. Nos musiciens pratiquent un art individuel; ils sont très différents les uns des autres. Notre jazz est à l’image de notre pays: fragmenté et dispersé. Comme pour les arts visuels, nous n’avons ni école ni style musical», confie Arnaud Robert, critique de musique au journal Le Temps et à la RTS (Radio Télévision Suisse).

Colin Vallon, né dans une famille de musiciens professionnels, mène aujourd’hui un travail fascinant  avec la chanteuse Elina Duni, une jeune Albanaise formée à Berne. Dans leur album commun Matanë Malit, ils reprennent des chansons du folklore balkanique, dans un style à mi-chemin du jazz et  de la musique contemporaine.

Le pianiste (qui à l’instar de Nik Bärtsch reçoit de Pro Helvetia «L’encouragement Prioritaire du jazz»)  a sorti de nombreux albums en solo. En 2004, il a enregistré son premier CD Les Ombres. Mais c’est  Rruga qui l’a lancé sur la scène internationale. Le jazz que joue Vallon offre une exploration de l’espace et une réflexion intimiste bien plus qu’il ne témoigne d’une virtuosité exhibitionniste.

«Des pianistes comme Vallon et Bärtsch, qui sont tous deux Suisses mais qui tous deux sont publiés chez ECM, une maison allemande, empruntent des voies divergentes. Leur formation diffère également. Une chose les réunit néanmoins: tous deux utilisent les langages du jazz et la musique contemporaine», explique Arnaud Robert.

Musiciens sans frontières

Deux autres musiciens marquent notre époque: la chanteuse et accordéoniste Erika Stucky, qui tourne le dos aux conventions musicales, et le pianiste Thierry Lang. Née à San Francisco de parents suisses, Stucky séduit un public exigeant. Même si elle joue accompagnée généralement de musiciens de jazz, son style reste indéfinissable, à mi-chemin du yodle et de la musique américaine, avec une tonalité qui s’inspire du cabaret.

Quant au vétéran Thierry Lang (Romont, 1956), il est l’un des rares artistes locaux à avoir mis sur pied un projet personnel portant sur la musique traditionnelle suisse. Professeur au Conservatoire de Montreux, il a enregistré des albums pour la célèbre maison de disques américaine Blue Note. En 2008, il a été nommé Chevalier des arts et des lettres.

«Le dénominateur commun aux musiciens suisses demeure leur formation : ils ont tous reçu une excellente éducation musicale. Celle-ci, ajoutée au métissage culturel propre à notre pays, a donné naissance à une génération d’artistes reconnue sur la scène internationale», constate Arnaud Robert.

Il poursuit: «Nos musiciens de jazz ont réussi à traverser les frontières intérieures du pays, plus difficiles à franchir que les frontières internationales. Tessinois, Alémaniques et Romands travaillent ainsi en parfaite harmonie».

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