Sex, drugs and Switzerland
«Swiss Trash», c’est le titre d’un roman que vient de publier Dunia Miralles aux Editions Baleine. Un livre violent, choquant peut-être, à mille lieues de la littérature dite «romande».
«Le rot, épais, s’aplatit comme une morve dégoulinante sur la face de la serveuse. Son visage se referme comme l’anus d’un puceau. Les quatre garçons rigolent». C’est ainsi que commence «Swiss Trash». Choc. Et ce n’est qu’un début.
Avec ce livre, Dunia Miralles a voulu raconter «deux ou trois formes de dépression nerveuse, des histoires qui ont à faire avec la culpabilité. Et puis, comment et pourquoi on peut tomber dans le milieu de la drogue, voire du sexe». Des vies qui dérapent, des gens comme vous et moi, apparemment rangés, dans un décor bien en ordre – la Suisse – qui soudain se perdent dans une spirale infernale.
Mais pourquoi une façon si violente, si crue de dire les choses? S’agit-il de se joindre à cette nouvelle mouvance féminine, pressée de dire le sang et le sexe avec la même fascination outrancière que les mâles? Dunia Miralles bondit: «Cela fait des années que j’écris comme ça. Cela fait des années que je présente des textes à des mâles qui me les renvoient à la figure… Bien sûr que nous sommes aussi violentes. C’est normal, puisqu’on n’arrête pas de nous taper dessus».
Même si c’est là son premier roman, Dunia Miralles, qui vit à La Chaux-de-Fonds, où elle travaille en usine, écrit depuis toujours. Autodidacte, elle ne fréquente pas les milieux littéraires, ni ne côtoie d’autres écrivains: «Si j’avais côtoyé les autres auteurs, je n’aurais jamais écrit ce livre-là». C’est probable. Pour trouver une évocation en douze pages des reflets gris bleutés sur le Lac de Neuchâtel, mieux vaut frapper à une autre porte.
Comment Dunia Miralles envisage-t-elle la suite de son parcours littéraire? «Ce qui m’intéresse, ce sont les disfonctionnements humains». Et le sexe: «De toute façon, l’être humain est sexe. Quand il ne pratique pas, il y pense, ou les autres l’y font penser. Et quand il le pratique, et bien voilà… On n’est pas tombé d’un pommier, on nous a fait avec du sexe! Point».
«Les traits de Cathy se tirent. Elle a vraiment besoin d’un câlin, use de l’amour et des orgasmes comme d’autres avalent des analgésiques», écrit Dunia Miralles. Mais que l’on ne se trompe pas: dans «Swiss Trash», il y a beaucoup moins de câlins que de coups, donnés ou tirés. Roman noir et rouge, roman gris et sale. Mais rose, en tout cas pas.
Bernard Léchot
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