Témoins de la Belle Epoque et des Années Folles
Millésimées respectivement 1912 et 1924, la grande halle de Lausanne et la salle d’attente de Bienne sont deux des monuments du patrimoine CFF.
Récemment rénovés, ils ont entamé une nouvelle vie entre pur respect de l’œuvre originale et touche de modernisme du plus bel effet.
Edifiée en 1912, la gigantesque charpente métallique qui protège les quais de Lausanne appartient à l’origine à l’ancienne gare de la capitale vaudoise. Le bâtiment monumental que nous connaissons aujourd’hui date en effet de 1917.
«A l’époque, il n’a pas fallu plus de quatre mois pour édifier cette structure, avec des trains qui circulaient en dessous. Un tour de force extraordinaire, qui montre que dans la construction, on n’a pas forcément progressé dans tous les domaines», note, admiratif, Jean-Michel Bringolf, chef du service d’architecture des CFF pour la Suisse romande.
Depuis sa construction, cette halle faite d’éléments d’acier rivetés – une technique similaire à celle de la tour Eiffel – n’avait bénéficié que de travaux d’entretien. Pour la dernière étape de la rénovation complète de la gare de Lausanne, les CFF ont donc décidé de lui offrir une remise à neuf.
Un grand luminaire
Le chantier aura duré… presque une année et demie. Les contraintes, il est vrai, ne sont plus les mêmes qu’à la Belle Epoque et les ouvriers ont dû travailler sur un immense échafaudage suspendu au plafond de la halle.
Pièce par pièce, ils ont décapé et repeint le métal et le bois, puis changé la couverture et les parties vitrées. «Nous n’avons pas dû remplacer un seul rivet. Et une fois décapé, l’acier était comme neuf. Un matériau magnifique. J’ai été très impressionné !», précise Jean-Michel Bringolf.
Les travaux ont également été l’occasion de changer complètement le mobilier des quais. Les bancs, les salles d’attente, les panneaux d’affichage sont désormais flambant neufs et tous de même modèle.
Avec ses couleurs claires et ses vitrages rendus à la transparence, la halle baigne de jour en pleine lumière. Mais c’est de nuit que l’effet est le plus saisissant. L’éclairage indirect, avec des lampes essentiellement dirigées vers le haut, produit un effet réellement spectaculaire.
«L’idée était d’en faire un grand luminaire et ça fonctionne très bien, se réjouit Jean-Michel Bringolf. Quand on sort du train, on a l’impression d’être vraiment dans une halle, alors qu’avant, on était dans la nuit avec quelques petites lumières jaunes».
Avec cette lumière à la fois douce et intense (sans être violente), les voyageurs nocturnes se sentent plus en sécurité. «La politique de la maison est d’augmenter l’éclairage partout. Pour la sécurité, mais également pour rendre nos bâtiments plus visibles. Ces lumières ne représentent que quelques pourcents du coût de la rénovation, mais les gens ne parlent que de ça», précise Jean-Michel Bringolf.
«La ronde des heures»
Autre objet de patrimoine dont les CFF ont lieu d’être fiers, la salle d’attente de la gare de Bienne. Ici, on est davantage dans l’intimisme d’un lieu assez étroit que dans le monumental d’une halle géante, mais ces quatre murs n’en portent pas moins un trésor: les fresques peintes en 1924 par Philippe Robert.
«Juste après la Première Guerre mondiale, la Confédération, alors maître d’ouvrage, avait lancé une politique de promotion de l’art», explique Jean-Michel Bringolf On a donc débloqué des crédits pour décorer la gare de Bienne, et c’est Robert qui a remporté le concours.
Au départ, l’artiste ne devait décorer que le mur faisant face à la porte d’entrée. Mais il avait conçu un projet complet en quatre tableaux. Il a donc demandé un supplément de crédit, que Berne n’a accordé qu’au terme de longs et houleux échanges de correspondance.
De l’avis des amateurs, le résultat final en valait la chandelle. En pénétrant dans la salle d’attente, le voyageur est convié à explorer tour à tour «les âges de l’homme», «ses amours», «la ronde des heures» et «les saisons», en une suite de tableaux allégoriques où des nymphes pas vraiment légères mais néanmoins court-vêtues s’ébattent dans un paysage d’Eden en compagnie de signes et de personnages évoquant le destin, le passage du temps et la mort.
Leur rénovation a été entreprise entre 1993 et 1994. «Elles avaient subi quelques graffiti mais ce qui les avait le plus fait souffrir, c’est une restauration des années 50. On avait alors voulu les protéger en les recouvrant d’un vernis qui tournait au jaune» raconte Jean-Michel Bringolf. Le plus gros travail du restaurateur a donc été d’identifier ce produit et de l’enlever.
Considérant que la salle d’attente dans son entier est un monument, les CFF ont décidé de ne pas se limiter aux fresques. Avec une équipe d’architectes, on a donc modernisé l’ensemble.
Les bancs d’origine ont été conservés, mais l’éclairage a été refait et le carrelage, qui n’était plus du tout d’époque, a été remplacé par un sol en acier, avec une table du même matériau en son centre, qui constitue un élément contemporain.
Monuments historiques
«Cette salle d’attente est un des plus beaux objets que nous ayons. Elle est mentionnée dans le catalogue de l’exposition ‘Le Temps des Gares’, qui a eu lieu au Centre Beaubourg à Paris en 1980», note Jean-Michel Bringolf.
En tant que bien culturel classé, cette salle d’attente a pu bénéficier pour sa restauration d’importantes subventions de la ville de Bienne et du canton de Berne.
Et ce n’est de loin pas le seul objet d’importance nationale que possèdent les CFF. Des gares entières sont classées comme monuments historiques, mais aussi des ponts ou même des installations techniques, comme les postes d’enclenchement qui tendent de plus en plus à disparaître.
«Il n’est pas toujours facile de faire entrer les rénovations dans le cadre de nos budgets d’entretien, explique Jean-Michel Bringolf. Et il n’est pas facile non plus d’obtenir des subventions de l’Etat, parce qu’il est notre propriétaire, et qu’en principe, l’Etat ne se subventionne pas lui-même.»
C’est pourquoi l’entreprise a créé «CFF Historic», une fondation qui associe aussi d’autres instances publiques et dans laquelle elle a pu placer certains objets de son patrimoine.
swissinfo, Marc-André Miserez à Lausanne et à Bienne
Le Prix Wakker est décerné chaque année depuis 1972, année de la mort de son donateur l’homme d’affaires genevois Henri-Louis Wakker.
Chargé de la gestion du Prix, Patrimoine suisse l’a jusqu’ici toujours remis à des communes pour des réalisations exceptionnelles en matière d’architecture.
Pour l’année de son 100e anniversaire, l’institution a choisi pour la première fois de récompenser une entreprise.
Les CFF recevront donc le 20 août 2005 un chèque de 20’000 francs, dans le cadre d’une fête à la gare de Zurich.
L’ancienne régie fédérale des chemins de fer possède environ 6000 bâtiments et 7000 ponts. Elle investit chaque année 170 millions de francs dans l’entretien, la rénovation ou la construction de son patrimoine immobilier.
– La grande halle de la gare de Lausanne a été construite en 1912, en quatre mois. C’est un exemple monumental de charpente métallique de la Belle Epoque.
– Les fresques de la salle d’attente de Bienne sont signées Philippe Robert (1881-1930), issu d’une vraie dynastie de peintres originaire des montagnes neuchâteloises.
– Il est le fils de Paul Robert et le petit-fils d’Aurèle Robert, lui-même frère et élève de Léopold Robert (1794-1835). Ce dernier, peintre de renommée européenne, a travaillé notamment dans l’atelier de David à Paris, ainsi qu’à Rome. Il a donné son nom à l’artère principale de la ville de La Chaux-de-Fonds.
– Depuis mai 2005 et jusqu’au printemps 2007, le Musée Neuhaus de Bienne présente une rétrospective des œuvres de la famille Robert.
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