Trois hommes dans un igloo
Inclassable et pourtant profondément suisse, Stimmhorn sort un quatrième CD très réussi. Pour l’occasion, le duo bâlois se dope aux sons numériques de Kold, alias Tomek Kolczynski.
A la fois suite logique et opus de rupture, Igloo a tout pour faire une belle carrière internationale.
Le monde est divisé en deux. Il y a ceux qui yodlent sous la douche et ceux qui font vibrer la corde sensible helvétique.
A l’écoute de son dernier opus, on se dit que Stimmhorn doit faire très fort dans la première situation. Mais qu’en définitive, l’ensemble bâlois est à ranger dans la seconde catégorie une fois sa créativité débridée mise en forme…
«Dans Igloo, la musique folklorique n’est plus vraiment un thème, nuance Balthasar Streiff, l’homme aux cors. Nous restons folkloriques uniquement dans le sens où notre musique n’est pas prétentieuse. On la fait avec l’estomac, pas avec la tête.»
Deux plus un
Au départ, Stimmhorn, c’est une voix, que Christian Zehnder fait passer par tous les états imaginables (chant diphonique et laryngien, yodle, etc). C’est aussi des instruments à vent – du cor des alpes à la corne de chèvre en passant par le cornet.
Au fil de ses trois premiers CD, le duo jonglait avec les éléments du folklore alpin, avec les sonorités asiatiques, avec les rythmes des quatre coins de la planète, relevant le tout d’une bonne dose d’humour et de folie.
Avec son dernier opus sorti cet automne, Stimmhorn s’affranchit allégrement des emprunts à la Suisse de carte postale, et ajoute une dose d’électronique à sa potion magique.
Le résultat: euphorisant. La musique de Stimmhorn suscite un flot d’images chez l’auditeur, lancé dans une odyssée merveilleuse, entre chevauchées fantastiques, haltes monastiques, élucubrations chamaniques, danses archaïques et réminiscences urbaines.
Dans Igloo, on tombe aussi sur l’ombre d’Ennio Morricone et les brumes du trip-hop de Bristol. Et toujours, devant, derrière, au coin de quelques mesures pathétiques ou galopantes, l’humour.
Un résultat cohérent
«Nous voulions une confrontation avec quelque chose de très actuel, indique Balthasar Streiff pour justifier l’apport des sons numériques. Nous venons de la musique naturelle, l’électronique lui ajoute des espaces actuels. Avec Kold, l’idée était d’obtenir un résultat cohérent, pas de plaquer un style sur un autre.»
Balthasar Streiff poursuit: «Au départ, nous voulions nous libérer de l’obligation de tout faire nous-mêmes. Nous avons trouvé un musicien qui assure à la fois les rythmes et la basse. Ce qui nous laisse plus de place pour le reste.»
Christian Zehnder et Balthasar Streiff avaient déjà collaboré avec Kold, alias Tomek Kolczynski, pour divers projets audiovisuels. Sur une même longueur d’onde, le trio a en partie repris le matériel musical composé pour un spectacle théâtral (Faust II), en lui ajoutant d’autres morceaux.
Après plus de six mois de studio, Igloo est à la fois une suite logique des précédents opus du duo au niveau de la démarche et un CD de rupture sur le plan du résultat.
Des arrangements plus complexes
«L’électronique nous permet de nous produire devant des publics plus nombreux, explique le souffleur. Elle nous ouvre de nouvelles possibilités et nous permet d’envisager des arrangements plus complexes.»
Des publics plus nombreux… Stimmhorn ambitionne en effet de se produire dans les grands festivals de la prochaine belle saison. D’ici là, en duo ou en trio, les Bâlois multiplient les scènes de Suisse et d’Europe.
Demeure cette interrogation: pourquoi baptiser un CD Igloo alors qu’il a tout pour casser la glace?
«L’igloo renvoie à de jolies images mentales, à l’enfance, explique Balthasar Streiff. En plus de ça, nous avons conçu notre musique dans un environnement industriel, très froid. Et puis notre musique est plutôt alpine.» On y revient…
swissinfo, Pierre-François Besson
Stimmhorn, c’est aussi la scène, en duo ou trio…
Lucerne, le 3 novembre
Bordeaux (France), les 19 et 20
Bruges (Belgique), le 27 novembre
Winterthour, le 17 décembre
Bonn (Allemagne), le 15 janvier
Brugg, le 28 janvier
Aarau, le 29 janvier
– Christian Zehnder et Balthasar Streiff ont fondé Stimmhorn (voix – cor) en 1996. Outre plusieurs CD, le duo a à son actif de nombreux concerts et spectacles, musiques de film et de théâtre, ainsi que d’autres projets plus ou moins expérimentaux.
– Tomek Kolczynski vit et travaille lui aussi à Bâle. Diplômé en audiodesign au conservatoire supérieur de musique de la ville, il a réalisé plusieurs installations sonores et se produit régulièrement en live.
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