Un antidote à la monoculture de l’image
L’Irak et Hollywood laissent peu de place aux images d’Amérique latine. Un festival genevois, parti à la conquête de la Romandie, va à contre-courant.
Durant trois semaines de novembre, une centaine de films, latinos en majorité, sont présentés dans six villes et seize salles.
«L’Amérique centrale? En dehors des cyclones ou des élections, on n’en voit jamais d’images!» A priori, ce constat du directeur artistique du «Festival Filmar en America latina» s’applique au reste du continent sud-américain.
Et pourtant… Pourtant, lorsque l’association de bénévoles genevois «Cinéma des Trois mondes» liée à l’Institut universitaire d’étude du développement organisait ses projections dans les années 1990, les films originaires du «cône sud» marchaient beaucoup mieux que les productions d’autres continents.
«Une demande réelle, assez forte, de la part du public», analyse Gérard Perroulaz. Les communautés d’immigrés latinos, relativement nombreuses en Suisse romande (à Genève surtout) y sont sans doute pour beaucoup.
Mais déplacer plus de 15’000 spectateurs, comme ce fut le cas l’an dernier, dénote autre chose: l’idée d’une Suisse repliée sur elle-même ne convient pas à tout le monde.
«Il y a des gens qui essaient de mieux comprendre le monde…», assure le directeur artistique.
A l’écart des circuits de distribution
Depuis 1999, l’association genevoise s’est donc lancée dans l’organisation d’un véritable festival de cinéma dédié aux films d’Amérique latine. Un terrain jusque-là laissé en Suisse romande à des événements plus généralistes.
«La production cinématographique en Amérique latine est vraiment intéressante, estime Gérard Perroulaz. Mais largement laissée à l’écart des circuits de distribution commerciaux».
A Filmar, pas de jury ni de récompense, le public avant tout. Et des débats souvent, en présence des réalisateurs. «Nous sommes une petite vitrine de ce qui se fait là-bas, explique le Genevois. Mais aussi de ce qui a été vu et primé dans d’autres festivals».
Et avec trois bouts de chandelles, un solide appui associatif et un petit budget (200’000 francs), le festival propose des productions de haut vol, comme «El abrazo partido», Grand prix du Jury au dernier Festival de Berlin, ou «Memoria del saqueo», de l’Argentin Solanas.
Une centaine de films
En tout, plus d’une centaine de films seront projetés à tour de rôle dans six localités suisses et de France voisine durant trois semaines. Un programme qu’il serait fastidieux de détailler, tant il est riche…
Pour cette sixième édition, l’approche thématique adoptée jusque-là fait place – entre autres – à des coups de projecteur.
Outre la poursuite de son panorama consacré au jeune cinéma argentin (fictions), le festival s’intéresse au Mexique, mais également à Haïti, son histoire et sa culture, deux cents ans après l’indépendance. A l’Amérique centrale aussi, au-travers de documentaires surtout.
Mais seront aussi projetés, par exemple, les deux seuls long-métrages de fiction produits au Honduras. Le Pérou sera également à l’honneur, en collaboration avec la Direction du développement et de la coopération (DDC – l’agence du développement de la Confédération).
Cela fait en effet 40 ans cette année que la DDC travaille à la réduction des inégalités sociales et économiques dans ce pays andin.
Un Suisse du Pérou
Le Suisse Stefan Kaspar, qui habite les lieux depuis un quart de siècle, gère un programme de diffusion de films péruviens dans le cadre de cet anniversaire. Cinéaste lui-même, avant tout attaché à la promotion du cinéma latino-américain, il sera en Suisse pour le festival.
Sensibiliser le public aux réalités latino-américaines, lui ouvrir un vaste champ culturel (musique, littérature, etc), susciter la réflexion: telle est aussi la vocation du festival.
Un événement qui ne cache pas sa dimension militante. «La réflexion autour de l’état de la société dans ces pays nous intéresse», explique Gérard Perroulaz.
Mais le directeur artistique précise aussitôt: «Cette année, nous programmons davantage de comédies, de très bons moments de divertissement». Car la vie, en Amérique latine comme ailleurs, c’est ça aussi.
swissinfo, Pierre-François Besson
La 6e édition du Festival Filmar en America latina se déroule du 9 au 28 novembre.
A Genève, Lausanne, Versoix, Aigle, Bienne et Ferney-Voltaire (France voisine).
Au programme, plus de cent films d’Amérique latine.
Et des coups de projecteur sur le jeune cinéma argentin, sur l’Amérique centrale, Haïti, le Mexique et le Pérou.
– Le Festival Filmar en America latina a reçu plusieurs sollicitations l’invitant à étendre ses activités en Suisse alémanique. Faute de moyens, cette éventualité est remise à plus tard.
– De 4000 spectateurs en 1999, le festival a vu son audience passer à 15’600 spectateurs l’an dernier lors de sa cinquième édition.
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