Un festival qui place la marge au centre
La Malaisie ou l’Afrique du Sud ne figurent pas sur la carte du cinéma mondial. Fribourg les y met. En possible précurseur.
La 19e édition du Festival international des films de Fribourg a lieu du 6 au 13 mars prochain. Gros-plan sur le cinéma du Sud.
Alors que le conflit israélo-palestinien prend une tournure qui tend à regonfler l’optimisme des plus sceptiques, le Festival international des films de Fribourg y va d’une rétrospective exhaustive sur le sujet. Comme une invitation à classer le dossier une fois pour toutes.
Intitulé «Palestine/Israël, une mémoire suisse», ce panorama porte sur la production cinématographique helvétique consacrée à la région et ses tragédies. Trente ans de cinéma en 20 films, et des oeuvres de Jean-Luc Godard, Francis Reusser, Rolf Lyssy ou Richard Dindo notamment.
Il y sera évidemment question d’engagement. Une notion chère au cœur des organisateurs d’un festival qui a, au fil des ans, vu passer dans ses murs les plus belles figures du cinéma du Sud (au sens large).
«Avec plus de la moitié des réalisateurs présents, nous tenterons de comprendre la situation israélo-palestinienne et de voir comment il est possible de filmer dans ce cadre», explique l’initiateur de la rétrospective. Alain Bottareli, qui emploie les termes de «caméra-conscience» et de «caméra-fusil».
Vent malais
Durant cette 19e édition, on se plongera dans le cinéma d’Ömer Kavur, figure centrale et dérangeante du cinéma turc moderne.
On (re)découvrira aussi des oeuvres traversées par la religion ou la philosophie, à l’image de «Il vangelo secondo Matteo» de Pasolini ou «Gishiki» de Oshima (rétrospective «Filmer l’invisible»). Des œuvres tout à fait dans l’air du temps, puisque «révélatrices d’une soif intense d’absolu», comme l’écrit la directrice générale du festival Rachel Brulhart.
Onze longs métrages concourent cette année pour le Regard d’Or (doté de 30’000 francs suisses), le Prix spécial du Jury (présidé par le cinéaste suisse Francis Reusser) et autres distinctions. En majorité des films asiatiques. Et en particulier une œuvre malaise – «Mu», de Yo Yuhang – et une autre du Bengladesh.
«Nous présentons deux films malais cette année (l’autre hors-compétition, ndlr), indique Martial Knaebel, directeur artistique du festival. Ce qui est extraordinaire. On avait affaire jusque-ici à des films de famille, des pochades d’étudiant sans aucune qualité cinématographique. Mais en un an, la Malaisie a produit trois bons films. Il y a là-bas naissance d’un cinéma de qualité.»
Diversité de vue
Regard pertinent, approche impertinente, tout cela, on le retrouvera aussi dans la catégorie documentaire, où treize films sont en compétition.
Parmi ceux-ci, «Umgidi», film sud-africain qui fait dire à Martial Knaebel qu’il y a dans ce pays «un frémissement qui aura peut-être un effet d’entraînement sur le reste du cinéma de l’Afrique noire.»
Guerre, conflits sociaux, émigration… Le festival propose comme à son habitude une belle diversité de vues, «et en même temps, une communauté d’idées», lance, un brin énigmatique, Martial Knaebel. Qui reprend: «Beaucoup d’a priori tomberont après visionnement de ces films»…
swissinfo, Pierre-François Besson
La 19e édition du Festival international des films de Fribourg a lieu du 6 au 13 mars prochain.
Le palmarès sera annoncé dimanche matin 13 mars.
Au menu: 189 séances et pas loin de 100 films projetés, des expositions de photos, des séminaires et des débats.
Le festival tourne sur un budget de 1,6 millions de francs suisses.
Il est notamment soutenu par la Direction de la coopération et du développement (DDC).
– Après trois éditions, la directrice générale du festival quittera le navire à fin août 2005. Rachel Brulhart ne brigue pas de nouveau mandat, considérant avoir réussi sa mission qui était d’assurer la viabilité du festival.
– «Le grand voyage» d’Ismaël Ferroukhi ouvrira cette 19e édition, que viendra conclure «Fuon», troisième partie d’une trilogie signée du Japonais Yoichi Higashi.
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