Une souffrance brûlante
«Tout un hiver sans feu», long métrage du cinéaste suisso-polonais Greg Zglinski, décroche le Prix suisse du meilleur film de fiction 2004.
Produit par la société lausannoise CAB Productions, ce film qui représentait la Suisse à la dernière Mostra de Venise, sort ces jours dans les salles romandes.
Là-bas, du côté du Jura, on l’appelle le Creux-du-Van. C’est un abîme immense que la nature a sculpté au cœur de la roche déchiquetée par les crocs des vents et des neiges. L’abîme tout entier semble tenir dans le cœur d’un homme prénommé Jean, debout, seul face à ce creux qu’il voudrait franchir d’un bond.
On le croirait suicidaire. Mais non, Jean est vaillant. A la nature ici impérieuse, il oppose une force qui l’est tout autant. Une de ces forces intérieures que le cinéaste suisso-polonais Greg Zglinski saisit en une séquence grandiose dans «Tout un hiver sans feu».
Ce film, qui représentait la Suisse l’automne dernier à la Mostra de Venise, arrive dans les salles romandes précédé d’une excellente réputation, réhaussée encore par l’obtention, mercredi soir à Soleure, du Prix du cinéma suisse, section long-métrage de fiction.
Etude de comportements
Au cours d’un incendie qui a ravagé leur grange, Jean (Aurélien Recoing, impressionnant), robuste paysan jurassien, et sa femme Laure (Marie Matheron) ont perdu Marie, leur unique enfant de 5 ans.
Une histoire comme on en voit souvent, donc, mais qui évacue ici le fait divers et la banalité factuelle au profit d’une étude ciselée des comportements. Ceux que le deuil déclenche en général.
Le sujet n’est certes pas inédit au cinéma. Que l’on se souvienne, par exemple, de «La Chambre du fils» du réalisateur italien Nani Moretti, long métrage qui cultivait le pathétique à souhait.
Ecueil contre lequel lutte Greg Zglinski, cédant toutefois, vers la fin du film, à la tentation de faire pleurer abondamment son héros Jean. Comme s’il fallait à tout prix casser l’image d’une virilité masculine inébranlable.
Deux mondes endeuillés
Mais passons sur ce fait larmoyant. Car l’intérêt du film, guidé par l’écriture sensible de son scénariste Pierre-Pascal Rossi (ancien présentateur du JT à la TSR), réside avant tout dans la confrontation de deux mondes endeuillés. L’un dessiné par la géographie intime de Jean et de son épouse. L’autre par celle plus vaste d’un pays en proie à la guerre: le
Kosovo.
«Partout où il y a des maisons détruites, les gens reconstruisent», dit Labinota à Jean en découvrant du regard la grange en ruines, mangée par le feu.
Labinota (délicieuse Gabriela Muskala) est la cantinière de l’aciérie où Jean a décidé de travailler comme ouvrier après la perte de sa ferme et l’internement de son épouse dans une clinique psychiatrique.
C’est à l’usine qu’il fait donc la connaissance de la douce Labinota. Réfugiée kosovar en Suisse, celle-ci apprend, à son corps défendant, à reconstruire une vie que la guerre lui a détruite.
Là-bas, au Kosovo, elle a perdu son mari, comme tant d’autres femmes. Et son deuil, à la fois intime et national, va adoucir celui de Jean. Les grandes tragédies allégeant ainsi le poids des petites tragédies, si tant est que les souffrances puissent se mesurer à leur poids.
swissinfo, Ghania Adamo
«Tout un hiver sans feu», long métrage de fiction de Greg Zglinski, sur un scénario de Pierre-Pascal Rossi.
Avec Aurélien Recoing, Marie Matheron, Gabriela Muskala, Blerim Gjoci.
Le film a reçu mercredi soir à Soleure le Prix suisse du meilleur long métrage de fiction.
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