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Vous avez dit «fantastique »?

Le 1er Festival international du film fantastique de Neuchâtel a ouvert ses portes jeudi soir. Mystère, angoisse, onirisme, hémoglobine s’entrecroisent pour créer un étrange no man’s land entre rêve et réalité.

«Un festival est né! C’est fantastique!», s’exclame par écrit Blaise Duport, Directeur des Affaires culturelles de Neuchâtel dans le catalogue du festival. Il est vrai que dans ce sens-là, le mot n’est guère contestable.

Du point de vue artistique, la chose est moins évidente. Dans l’acception traditionnelle du terme, le fantastique c’est l’irruption de l’irrationnel dans notre réalité, comme dans «Le Horla» de Maupassant. Le quotidien est là, normal, rassurant, quand soudain s’immisce l’inexplicable, qui restera à jamais inexpliqué, d’où angoisse. Rien à voir donc avec l’étrange, où un phénomène bizarre trouve finalement une explication logique. Ni avec le merveilleux, où l’on sait dès le début qu’on est dans un «autre monde», type conte de fées, qui ne répond pas aux règles du nôtre.

A Neuchâtel, on n’a cure de ces distinctions-là. Le cinéma réellement fantastique côtoie l’horreur, voire le gore. Et le merveilleux comme la science-fiction ont également droit de cité. La compétition s’est d’ailleurs ouverte sur «Gemini», un film d’angoisse signé par le Japonais Tsukamoto Shinya, l’un des hôtes d’honneur de la manifestation, qui se concluera par la projection de «Fantasia 2000», une production Disney…

Sur cette question, les membres des jurys ont d’ailleurs des avis divergents. Patrick Gyger, directeur de la Maison d’Ailleurs à Yverdon, insiste sur le fait que la science-fiction ne relève pas du fantastique. Moins d’exigence par contre chez les ressortissants du Nouveau Monde… Pour l’illustrateur canadien John Howe, la classification n’a pas de sens: «C’est une envie bien cartésienne de définir les genres, et c’est un peu réducteur. En l’occurrence, c’est un festival qui appelle à l’ouverture.» Idem pour le réalisateur américain Tobe Hooper («Poltergeist», «Massacre à la tronçonneuse»), pour lequel seule compte la notion de «fantasy».

Une chose est certaine: le fantastique, qu’on le prenne au sens strict ou au sens large du terme, est un art de défi, voire de provocation. Pour le pire et le meilleur. Et ce n’est pas un hasard si la Maison d’Ailleurs d’Yverdon, comme le Centre international d’art fantastique de Gruyère sont également représentés à Neuchâtel, dans le cadre d’une exposition que l’on peut voir à l’Hôtel de Ville. Ces deux institutions ont également dû lutter pour obtenir un minimum de reconnaissance, les détenteurs du «bon goût» y étant un peu perdus… «Quand on écrit, on vit dans le fantastique en permanence» dit la romancière romande Marie-Claire Dewarrat. Et d’ajouter: «Les gens qui méprisent le fantastique doivent manquer d’un petit quelque chose: leur âme primitive, peut-être.»

Bernard Léchot




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