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Une claque pour l’initiative sur la neutralité

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Malgré une vaste campagne d’affichage, les partisans de l’initiative sur la neutralité ne semblent pas avoir réussi à convaincre. Keystone / Urs Flueeler

Les Suisses ont enterré dimanche l’initiative qui voulait imposer une conception stricte de la neutralité. Plus de 70% de l’électorat a rejeté le texte de Pro Suisse. Il aurait notamment limité la possibilité pour la Suisse de prendre de manière autonome des sanctions contre des États en guerre.

L’initiative sur la neutralité ne passe pas l’épreuve des urnes. 71% des Suisses ont refusé d’ancrer une conception stricte de la neutralité dans la Constitution, selon les premières projections publiées par l’institut gfs.bern.

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Lancé par l’association souverainiste Pro Suisse, le texte demandait d’inscrire dans la Constitution le principe d’une neutralité «perpétuelle et armée». Le principal changement aurait concerné les sanctions: la Confédération n’aurait plus pu en imposer de manière autonome contre des États en guerre, à l’exception de celles décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. L’initiative exigeait aussi que la Suisse n’adhère à aucune alliance militaire ou de défense.

>> Lire notre article résumant les principaux enjeux de cette votation : 

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L’UDC isolée

Ce résultat n’est pas une surprise. Les sondages publiés avant le scrutin avaient prévu un net refus du texte. En outre, l’UDC était le seul parti représenté au Parlement à soutenir le texte.

Les partisans du texte ont pris acte de leur défaite. «Le peuple a tranché», a réagi le député de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) Yvan Pahud, interrogé par la RTS. «En reprenant les sanctions contre la Russie, la Suisse s’est toutefois isolée», a-t-il déploré. «J’espère que la Confédération pourra continuer à jouer son rôle de facilitateur de paix, en particulier entre la Russie et l’Ukraine.»

Tous les autres partis représentés sous la Coupole s’opposaient à l’initiative, tout comme le Conseil fédéral et une majorité du Parlement. Ils se sont réjouis du résultat des urnes. «La Suisse n’a pas perdu sa crédibilité en matière de bons offices et ne va pas adhérer à l’OTAN», a assuré à la RTS la députée socialiste genevoise Laurence Fehlmann-Rielle. Elle a souligné que le Département fédéral des affaires étrangères avait récemment indiqué recevoir de plus en plus de demandes pour que la Suisse agisse en tant que puissance protectrice.

Faudra-t-il donner des explications à l’étranger?

Du côté de Pro Suisse, le secrétaire général de l’association a salué la clarté du message. «Il faudra toutefois assumer ce vote et sa portée: à l’étranger, il risque d’être interprété comme un signe que la Suisse a renoncé à sa neutralité», a-t-il mis en garde au micro de la RTS.

Le conseiller national du Parti libéral radical (PLR / droite), Laurent Wehrli, a reconnu qu’il s’agira d’expliquer le scrutin à l’international, tout en rappelant que la Suisse le fait régulièrement après d’autres votations. «Nous voulons tous une Suisse neutre. La Suisse était neutre, elle est neutre et elle sera neutre», a-t-il souligné.

Le Comité pour la Genève internationale et sa neutralité avait également fait campagne en faveur de l’initiative, afin de défendre la crédibilité de Genève comme lieu de dialogue et de médiation internationale.

Membre de ce mouvement, l’ancien ambassadeur Jean-Daniel Ruch a estimé que la crédibilité de la Suisse était toujours en danger. Il a notamment pointé du doigt le manque de cohérence dans l’application des sanctions: «Les Européens font pression sur nous, on prend des sanctions contre la Russie. Les Israéliens font pression sur nous, on ne prend pas de sanctions contre Israël.» Il appelle donc à poursuivre la réflexion sur cette question.

Le député PLR Laurent Wehrli a, de son côté, relevé que la neutralité suisse avait toujours fait l’objet de réflexions. «La neutralité n’était pas la même pendant la Première Guerre mondiale, pendant la Deuxième Guerre mondiale ou pendant la Guerre froide», a-t-il souligné. Il a également rappelé qu’elle figurait déjà dans la Constitution, dans deux articles différents.

La guerre en Ukraine à l’origine du débat

L’initiative intitulée «Sauvegarder la neutralité suisse»Lien externe a été élaborée par Christoph Blocher, l’ancien conseiller fédéral qui a façonné l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) moderne. Le milliardaire zurichois de 85 ans l’a conçue en réaction à la reprise des sanctions de l’Union européenne contre Moscou par la Suisse en 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Selon lui, la Confédération a ainsi rompu avec sa neutralité.

Durant la campagne, le camp du non a avant tout défendu le droit pour la Suisse de reprendre des sanctions largement soutenues par la communauté internationale. À ses yeux, de telles mesures permettent de préserver un ordre international fondé sur le droit, sans remettre en cause la neutralité helvétique.

Le débat sur la neutralité n’est toutefois pas clos avec ce scrutin. La question s’invitera à nouveau dans les urnes lors des votations du 29 novembre. Les Suisses devront se prononcer sur un assouplissement de la loi sur le matériel de guerre, qui faciliterait les exportations d’armement vers certains pays. En toile de fond se posera la question des limites que la neutralité impose au commerce d’armes.

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