L’avenir d’Aceh se discute à Genève
Lundi s'ouvrent dans la Cité de Calvin des discussions sur l'avenir de la province sécessioniste d'Aceh, entre représentants des indépendantistes et du gouvernement indonésien. Les rencontres promettent d'être tendues.
Un millier de victimes en l’an 2000, dont plus de la moitié depuis l’entrée en vigueur de la trêve dite de pause humanitaire en juin, et déjà 24 morts lors d’incidents armés depuis le début de l’année – la reprise des discussions entre émissaires du Mouvement Aceh libre (GAM) et du gouvernement indonésien lundi à Genève s’annonce sous des auspices tendus.
C’est le Centre Henry-Dunant qui chapeaute ces pourparlers en vue d’établir une base pour de véritables négociations sur l’avenir de l’ancien sultanat dont les insurgés réclament toujours l’indépendance. Jakarta serait éventuellement d’accord d’envisager une autonomie accrue de cette province riche en gaz et en pétrole située au nord de l’île de Sumatra et de prévoir une meilleure redistribution des revenus pétroliers; mais en récusant toute idée de sécession.
La première pause humanitaire convenue en mai 2000 à Genève pour trois mois avait été reconduite et vient à échéance le 15 janvier. Selon le porte-parole du GAM, les insurgés attendent de la prochaine rencontre d’abord le respect des engagements gouvernementaux, en particulier concernant le retrait des troupes de la province.
Quelque 300 personnes ont disparu et environ 500 ont été tuées au cours de ce cessez-le-feu encore très théorique. En décembre, deux militants travaillant sur place pour une ONG de défense des droits de l’homme ont été abattus, et l’armée est accusée de continuer à terroriser la population.
Désireux d’apaiser les tensions dues à 25 ans d’hostilités souvent sanglantes, le président Wahid pencherait plutôt pour la négociation, mais le noyau dur des militaires voit d’un mauvais oeil ces velléités d’ouverture. Le précédent de Timor oriental a revigoré la revendication indépendantiste en divers points névralgiques de l’archipel, mais les forces armées qui se considèrent garantes de l’intégrité nationale ne lésinent pas sur les moyens pour faire respecter l’ordre établi dans le sillage de la décolonisation il y a un demi-siècle.
Que ce soit aux Moluques, à Aceh ou encore en Irian-Jaya, des affrontements répétés ensanglantent le quotidien des habitants, et le gouvernement de Jakarta, souvent très éloigné dans l’espace, ne semble pas en mesure de répondre à la fois aux exigences de la loi et aux aspirations populaires locales, d’autant plus explosives qu’elles sont sous-tendues d’animosités religieuses, ethniques et économiques.
Reste à savoir maintenant jusqu’où les interlocuteurs de la rencontre de Genève pourront arriver dans la recherche d’une amorce de dialogue. Les dirigeants du mouvement indépendantiste ont averti d’un danger réel de guerre civile si la trêve n’était pas reconduite et si le gouvernement ne conscrétisait pas plus rapidement ses promesses.
Alwi Shihab, ministre indonésien des affaires étrangères, a abordé la question d’Aceh avec Joseph Deiss, chef de la diplomatie helvétique, lors de leur récent entretien au début de l’année à Berne. Le conseiller fédéral a réitéré la position suisse de reconnaissance de l’intégrité territoriale de l’Indonésie, tout en assurant son interlocuteur de sa disponibilité pour tenter de dissiper la méfiance.
La vice-présidente Megawati Soekarnoputri a profité de cette visite en Suisse pour s’entretenir avec les responsables du Centre Henry-Dunant, mais conformément à la traditionnelle discrétion helvétique, à Genève pour l’instant on se refuse à tout commentaire…
Claude Levenson
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