La mission délicate d’un juge suisse au Mexique
Le juge d'instruction genevois Paul Perraudin rencontre lundi Raul Salinas que la Suisse accuse de blanchiment d'argent. En revanche, durant son bref séjour au Mexique, il ne procédera à aucune audition de nouveaux témoins liés aux 100 millions de dollars transférés sur des comptes suisses par le frère de l'ex-président Carlos Salinas de Gortari.
Le magistrat genevois profitera néanmoins de ce déplacement pour notifier personnellement aux époux Salinas les charges qui pèsent contre eux. Raul comparaîtra devant le juge dans une prison proche de la capitale, celle d’Almoloyita, où il est incarcéré depuis six ans. En revanche, il n’est pas certain que sa femme Paulina Castañon se présente mardi dans les locaux du Ministère public où elle a été convoquée, puisqu’elle est actuellement en… voyage!
Une enquête de longue haleine
Mais en se rendant au Mexique, le juge Perraudin vient avant tout chercher de nouveaux éléments de preuves dans l’affaire Raul Salinas. Une investigation qu’il mène depuis 1999 et qui pourrait se prolonger durant encore une année ou deux!
Il recueillera ces compléments d’informations à partir des résultats d’enquêtes menées par le Ministère public mexicain et des rapports que celui-ci voudra bien lui remettre.
Ces documents devraient lui permettre de déterminer avec plus de précisions la provenance de l’argent sale et d’identifier les activités illicites de Raul Salinas, qui pourraient procéder de la corruption, d’un enrichissement illégitime ou du trafic de drogue.
Mexico veut une partie du magot
Alors qu’il espérait accomplir une visite placée sous le sceau de la discrétion, la presse mexicaine a tenté d’approcher le magistrat genevois, mais en vain.
Cependant, sa seule présence à Mexico a inévitablement ranimé le débat sur la destination finale des avoirs de Raul Salinas, au cas où la justice helvétique déciderait de les confisquer.
En cas de corruption, la pratique genevoise est de restituer les sommes bloquées aux Etats qui ont été lésés par ces actes délictueux. En cas de trafic de drogue, il est prévu qu’une partie de l’argent soit versée aux pays qui ont participé aux investigations. Une décision dont bénéficierait le Mexique en vertu de sa collaboration dans la présente enquête.
Cette solution devrait apaiser les craintes des Mexicains et du gouvernement. Au moins partiellement, car tout dépendrait bien entendu du montant qui serait alloué au Mexique!
Patrick John Buffe, Mexico
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