La Russie de Bykov décroche le titre mondial à Berne
La Russie a été sacrée pour la deuxième année consécutive championne du monde de hockey sur glace dimanche soir à Berne. Comme à Québec en 2008, les protégés de l'entraîneur russo-suisse Slava Bykov ont dominé le Canada en finale (2-1).
Il est 22h46 à Berne en ce dimanche 10 mai. La BernArena explose de joie. Le public, très majoritairement favorable à l’équipe nationale de Russie, célèbre dans une sorte d’hystérie collective le 2e titre de champion du monde d’affilée décroché par la «Sbornaja».
Au milieu de la patinoire, les joueurs russes lancent maillots, cannes et équipement le plus haut possible avant de s’étreindre virilement dans des scènes de joie à n’en plus finir. Slava Bykov, l’entraîneur qui a mené durant deux ans de suite son équipe au panthéon du hockey mondial, est porté en triomphe par ses joueurs.
Du côté canadien, la déception est à la hauteur de la joie adverse. Recroquevillés sur leur banc, les finalistes malheureux attendent la remise des médailles, où ils se rendront comme à une cérémonie funèbre. Malgré une partie héroïque, les Canadiens n’ont pas réussi à stopper la marche en avant russe dimanche à Berne.
Cette «finale de rêve» entre les deux meilleures équipes du tournoi a tenu toutes ses promesses. Intense, engagé physiquement, indécis, souvent spectaculaire: le duel a atteint un niveau que l’on n’avait jamais observé durant les deux semaines de ce Championnat du monde disputé à Berne et Kloten.
Une finale haute en intensité
Les Russes ont bénéficié des premières chances de but mais c’est le Canada qui a ouvert la marque par Jason Spezza, servi subtilement par le capitaine Shane Doan (6e). Les joueurs à la feuille d’érable ont alors pris un léger ascendant sur le jeu. Mais sur leur deuxième pénalité, les Canadiens ont vu les Russes revenir au score (13e) par Saprikin, qui pouvait dévier un tir de la ligne bleue d’Atyushov.
Les occasions nettes se sont fait moins nombreuses lors du deuxième tiers et c’est sur un exploit individuel que les Russes ont pu prendre l’avantage pour la première fois du match (35e). Alexander Radulov s’est joué de toute la défense canadienne puis du portier Dwayne Roloson pour inscrire le 2-1 dans une ambiance de folie.
Malgré quelques occasions qui avaient le poids de l’égalisation et une fin de match à très haute intensité émotionnelle, les Canadiens ne sont pas arrivés à marquer un 2e but synonyme de prolongation.
Slava Bykov le rassembleur
Le dernier titre de la Russie avant l’arrivée de Slava Bykov à la tête de la «Sbornaja» datait de 1993. En trois ans, sous la houlette de son nouveau coach, la sélection nationale russe s’est emparée du bronze (2007) et a remporté le titre mondial à deux reprises (2008 et 2009).
Rassembleur hors pair, Slava Bykov a réussi à souder des joueurs talentueux qui avaient souvent de la peine avant son intronisation à se sentir concernés lorsqu’ils évoluaient avec le maillot de l’équipe nationale.
«Un groupe et une identité basée sur le collectif se sont créés. Cela n’existait pas avant. Depuis 2006, j’essaie de redonner la motivation aux Russes pour évoluer avec l’équipe nationale et redevenir le pays no1 du hockey», avait déclaré l’entraîneur national russe, citoyen de la commune fribourgeoise de Marly, avant le début du Mondial dans une interview à tsrsport.ch.
Un temps bien révolu
Cette envie, cette motivation, les joueurs russes l’ont exprimée tout au long du tournoi. Ilya Kovalchuk en est l’exemple le plus frappant. L’attaquant de 26 ans, héros de tout un pays depuis qu’il a marqué le but de la victoire en finale du Mondial à Québec l’an dernier, a fêté chacun de ses buts dans le tournoi (5 buts et 9 assists) comme si c’était le premier de sa carrière.
«L’attitude des joueurs a changé. Ils reprennent goût à jouer pour leur pays. Je n’oblige personne à venir». Qu’il semble loin le temps où Viktor Tikhonov, le «tyran» de l’équipe d’URSS dans les années 80, menait son équipe d’une main de fer, réprimant tout geste de joie ou de satisfaction de la part de ses joueurs.
«Aujourd’hui, cela se passe différemment. Je suis plus proche des joueurs. L’équipe est comme une grande famille. On essaye de fonder une relation basée sur le respect, le professionnalisme et la liberté de chacun», a déclaré Slava Bykov au terme de la finale.
L’aide d’un magnétiseur fribourgeois
Viktor Tikhonov, c’est un entraîneur que Slava Bykov a bien connu puisqu’il a remporté 4 titres de champion du monde et 7 titres de champion d’URSS sous sa houlette. Mais un monde sépare Tikhonov le dictateur et Bykov le philosophe.
D’un côté, le travail, rien que le travail. De l’autre, le «travail et le plaisir», deux éléments indissociables au succès pour le Fribourgeois d’adoption, dont le calme et la sérénité semblent pouvoir résister à n’importe quelle tempête.
Ses succès sportifs, Slava Bykov sait qu’il les doit aussi à cette petite part de chance, à ces petites choses qui ne s’expliquent pas, ou difficilement. Durant tout le tournoi, à chaque décision importante, le mentor de l’équipe russe s’en est ainsi remis à Denis Vipret, célèbre magnétiseur et guérisseur qu’il avait rencontré à Fribourg au début des années 90.
Dix-neuf ans après
«Nous travaillons ensemble depuis presque 20 ans. Avec Slava, nous sommes inséparables. Je l’accompagne jusque dans les vestiaires et il m’appelle dès qu’il a besoin d’un conseil sur un joueur blessé», a confié Denis Vipret à swissinfo dans les couloirs de la BernArena après le match.
En 1990, juste avant de rejoindre Fribourg-Gottéron, avec qui il évoluera durant 7 saisons, Slava Bykov avait remporté le titre mondial à Berne, avec le maillot de l’URSS sur les épaules. Dix-neuf ans plus tard, c’est à la tête de l’équipe nationale qu’il récidive, dans la même patinoire.
Mais Slava Bykov rechigne toutefois à rester fixé sur des années qui appartiennent aux livres d’histoire. «On perd trop d’énergie à penser au passé. Le présent, c’est ce qui est intéressant, tout en regardant vers un futur proche».
Place aux Jeux olympiques
Le futur proche, c’est Vancouver 2010, et un tournoi olympique annoncé comme l’un des plus spectaculaires de tous les temps avec la présence de toutes les stars de la NHL, la prestigieuse ligue nord-américaine.
Une année 2010 riche en événements, puisque le Championnat du monde qui se disputera en Allemagne offrira une première mondiale à ce niveau: le match d’ouverture se jouera en effet devant plus 75’000 spectateurs dans le stade de football de Gelsenkirchen. La Russie de Slava Bykov aura une double occasion d’asseoir une nouvelle ère de domination du hockey mondial.
Samuel Jaberg, Berne, swissinfo.ch
RUSSIE – Canada 2-1 (1-1 1-0 0-0)
6’Spezza (Doan, Weber) 0-1, 13’Saprikin (Atjushov, Kalinin) 1-1 (5c4), 35’Radulov (Gorovikov, Saprikin) 2-1.
Arbitres: Orszag (Slq)/Rönn (Fin); Blumel (Tch)/Feola (EU)
Pénalités: 2×2′ contre la Russie, 3×2′ contre le Canada
Russie: Bryzgalov; Nikulin, Proshkin; Atyushov, Kalinin; Tverdovsky, Vishnevsky; Grebeshkov, Korneyev; Morozov, Tereschenko, Kovalchuk; Saprykin, Gorovikov, Radulov; Frolov, Zinoviev, Perezhogin; Mozyakin, Kuryanov.
Canada: Roloson; Weber, Hamhuis; Doughty, Vlasic; Coburn, Phillips; Fisher, Zajac, Horcoff; Doan, Spezza, Heatley; Stamkos, St-Louis, Roy; Armstrong, Lombardi, Upshall.
Notes: Temps mort: Canada (59’33»). Le Canada sans gardien de 58’52» à la fin de la rencontre.
FINALE POUR LE BRONZE
SUEDE – USA 4-2 (0-0 2-1 2-1)
26’J.Johnson (Liles) 0-1 (5c4), 34’Eriksson (Martensson, Weinhandl)1-1 (5c4), 36’Eriksson (Martensson, Weinhandl)2-1 (5c3), 43’Pavelski 2-2, 49’Gunnarsson (Weinhandl) 3-2 (5c4), 60’Oduya 4-2. (5c3, cage vide)
Arbitres: Kadyrov; Kicha, Orelma
Pénalités (S): 8×2′ contre la Suède, 11×2′ contre les Etats-Unis
Suède: Liv; Oduya, Tärnström; Johansson, Gunnarsson; Stralman, Jönsson; Akerman, Grossman; Nilson, Wallin, Huselius; Märtensson, Eriksson, Weinhandl; Thörnberg, Harju, Omark; Berglund, Persson, Andersson
Etats-Unis: Esche; Johnson, Liles; Hainsey, Suter; Niskanen, Ballard; Bogosian; Shannon, Pavelski, Higgins; Blake, Brown, O’Sullivan; Oshie, Backes, Okposo; Foligno, Stafford, Wilson; Stempniak.
1989-90: URSS
1991-92: Suède
1993: Russie
1994: Canada
1995: Finlande
1996: République tchèque
1997: Canada
1998: Suède
1999-01: République tchèque
2002: Slovaquie
2003-04: Canada
2005: République tchèque
2006: Suède
2007: Canada
2008-09: Russie
1. Russie
2. Canada
3. Suède
4. Etats-Unis
5. Finlande
6. République tchèque
7. Lettonie
8. Biélorussie
9. Suisse
10. Slovaquie
11. Norvège
12. France
13. Danemark
14. Autriche
15. Allemagne
16. Hongrie
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