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L’«Eierläset»: quand le printemps triomphe de l’hiver dans les villages suisses

Un homme lance un œuf
Le «coureur» sur le «Eierläset», où il doit ramener les œufs un à un dans le panier plus vite que le cavalier qui fait le tour du village à cheval, à l'occasion de cette ancienne coutume printanière dans le village d'Effingen, dans le canton d'Argovie, le dimanche 3 avril 2016. Urs Flüeler / Keystone

À l’approche du printemps, de nombreuses régions du monde célèbrent la fin de l’hiver. C’est également le cas dans le nord-ouest de la Suisse, où perdure une tradition singulière: l’«Eierläset». Au cœur de cette tradition: des œufs. Mais chaque village célèbre cette ancienne coutume liée à la fertilité à sa manière, entre exploits sportifs et ambiance festive.

Au milieu de la rue du village, de petits monticules de sciure accueillent des œufs crus, soigneusement alignés. Des coureurs et coureuses s’élancent alors, multipliant les allers-retours pour ramasser les œufs un à un. L’issue se joue dans des lancers risqués: seule la victoire de l’équipe incarnant le printemps permet à la vie de l’emporter sur le froid et d’annoncer définitivement le retour des beaux jours au village.

Dans certains villages, la course oppose des enfants ou des membres d’associations. Les règles varient d’une commune à l’autre. La plupart du temps, une ou plusieurs pistes sont aménagées, chacune comportant 80 à 100 petits tas de sciure, dans lesquels un œuf est délicatement déposé.

Des personnes déguisées, dont l'une porte une pancarte sur laquelle est écrit « Printemps »
Convaincues de leur victoire, les différentes figures incarnant le printemps se mettent en route pour le concours dans la rue du village d’Auenstein, en avril 2019. Thomas Kern

Dans toutes les compétitions, le principe reste le même: les coureuses et coureurs doivent aller chercher les œufs un à un, puis les lancer à une attrapeuse ou un attrapeur, qui tente de les rattraper dans un large panier rembourré de paille.

Si un œuf tombe ou se casse, la sanction est immédiate: le coureur ou la coureuse doit refaire le parcours en guise de pénalité, sans pouvoir emporter de nouvel œuf. La victoire revient à l’équipe qui parvient la première à placer tous ses œufs dans le panier de l’attrapeuse ou de l’attrapeur.

Des mesures sont parfois prises pour garantir la victoire de l’équipe représentant le printemps, peut-on lire sur le site web «Traditions vivantes»Lien externe de l’Office fédéral de la culture (OFC).

Une coutume locale ancestrale

La coutume séculaire de l’Eierläset – également appelée «Eierleset» ou «Eierauflesen» – est principalement ancrée dans le nord-ouest de la Suisse, dans les cantons d’Argovie, de Bâle-Campagne et de Soleure.

Des traditions similaires semblent exister à l’étranger. Dans la revue Schweizer Volkskunde datant de 1938, l’auteur K. Meuli évoquait déjà des pratiques comparables dans le Tyrol, mais aussi en Allemagne centrale et septentrionale, notamment au Schleswig-Holstein, ainsi qu’en Wallonie et dans le sud de la France.

Selon diverses sourcesLien externe, l’origine de l’Eierläset remonte au Moyen Âge. Cette tradition s’inscrit dans les célébrations du renouveau printanier et de la fertilité. L’œuf y symbolise l’éveil de la nature, la croissance et le renouveau: des thèmes déjà présents dans les cultures préchrétiennes.

Des personnes déguisées sont assises sur des branches de sapin
Les protagonistes sont restés les mêmes jusqu’à aujourd’hui. Une photo de groupe prise à Effingen dans les années 1950. Keystone / Photopress

Diversité régionale: d’événement sportif à danse masquée

Dans la grande majorité des communes, la manifestation a lieu le premier dimanche après Pâques. Pourtant, malgré ce calendrier, la tradition n’a pas de lien avec la religion.

Si le principe de base – transporter des œufs sous forme de compétition, symbolisant la victoire du printemps sur l’hiver – est similaire d’un village à l’autre, il existe des différences régionales marquées dans la manière dont il est pratiqué.

Dans la région de Bâle et dans le canton de Soleure, c’est l’aspect sportif qui prime. À Therwil, dans le canton de Bâle-Campagne, quatre équipes s’affrontent dans une course de relais sportive.

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Le combat mis en scène

Certaines communes, principalement dans le canton d’Argovie, pratiquent des versions archaïques, plus bruyantes et plus sauvages, de cette coutume. L’Eierläset du village rural d’Effingen, dans le Fricktal, est considéré comme l’une des fêtes les plus anciennes et les plus connues de ce type en Suisse.

Dans ce village, un seul coureur d’œufs affronte un cavalier qui n’a pas à ramasser d’œufs, mais doit parcourir le plus rapidement possible un circuit défini à cheval. Parallèlement s’affrontent des personnages dont les masques ont encore été cousus à la main, selon l’ancienne tradition.

Galerie photos: notre photographe Thomas Kern était à Effingen en 2019 pour assister à l’«Eierläset»:

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Ici, les «Dürren» (hiver) se mesurent aux «Grünen» (printemps). Durant la course, «des affrontements symboliques et musclés éclatent entre les deux groupes», selon le site «Traditions vivantes». Parmi les «Dürren», on trouve notamment le «Straumuni» (taureau de paille), un monstre de paille représentant la dureté du sol hivernal, et le «Schnäggehüsler», dont le costume est orné de milliers de coquilles d’escargots.

Parmi les «Grünen» – qui finissent toujours par l’emporter –, on trouve le «Jasschärtler», une créature recouverte de cartes à jouer, symbole de la joie de jouer, et le «Tannästler», une figure faite de branches de sapin fraîches, symbole d’une forêt toujours verte.

Une archive de la télévision SRF: Eierläset à Effingen, Fricktal (1964)

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Des défis modernisés

Pour maintenir l’attrait du spectacle auprès du public, certaines communes ont adapté les règles. Souvent, un œuf sur dix est peint en couleur et désigne ainsi une épreuve spéciale. Le coureur ou la coureuse doit, par exemple, parcourir le trajet sur une planche à roulettes, transporter un membre de l’équipe dans une brouette ou réaliser un numéro d’équilibre.

Mais la victoire du printemps ne marque pas la fin des festivités. Dans des communes comme Effingen ou Oeschgen, suit le «Eierpredigt» (sermon des œufs): un acteur déguisé en prêtre monte sur une tribune en bois pour prononcer un discours satirique, égratignant sans retenue habitants et autorités locales dans la tradition des «Schnitzelbänke».

Le rôle central des œufs

Dans la plupart des villages, ce sont les sociétés sportives locales, souvent organisatrices de l’événement, qui collectent les œufs de porte en porte. Certaines entreprises en offrent même à des fins promotionnelles.

Enfin, après l’Eierläset, il est temps de savourer les œufs. De nombreuses communes préparent un «Eiertätsch», un repas collectif accompagné de musique locale, pour transmettre la force symbolique des œufs, celle de la fertilité, et célébrer l’arrivée définitive du printemps.

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Traduit de l’allemand par Zélie Schaller/rem

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