La sphère privée des passagers de Swiss respectée
Depuis mercredi, les compagnies aériennes européennes doivent livrer des données personnelles aux autorités américaines.
Mais Swiss n’entend pas fournir d’informations détaillées sur les passagers volant vers les Etats-Unis. En tout cas pour le moment.
Dans le cadre de la lutte anti-terroriste, Washington demande aux compagnies aériennes européennes volant vers les Etats-Unis de lui livrer diverses informations personnelles sur leurs passagers. Un accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis a été passé dans ce domaine.
Depuis mercredi en effet, les compagnies aériennes de l’Union européenne communiquent ce type d’informations aux autorités américaines. Elles vont du détail de la carte de crédit à l’affiliation religieuse, en passant par les habitudes alimentaires.
Passagers classés selon trois couleurs
Aux Etats-Unis même, les mesures iront jusqu’à la classification des passagers en fonction du risque qu’ils représentent, selon un système de trois couleurs: vert, jaune et rouge. Les passagers classés rouge seront simplement interdits de vol.
Les compagnies européennes omettant des informations sur leurs passagers pourront être lourdement amendées.
Contrairement aux autres compagnies européennes, Swiss ne transmet pas dans l’immédiat les informations demandées. Selon son porte-parole Manfred Winckler, tout changement dans les pratiques de la compagnie impliquera un délai d’un mois.
Les passagers voyageant vers les Etats-Unis n’ont rencontré aucun problème mercredi, indique encore Manfred Winckler.
«Swiss est en contact avec les autorités américaines. Jusqu’ici, nous n’avons pas obtenu les informations nécessaires sur les données que nous sommes sensés leur livrer.»
Au nom du respect de la sphère privée
Les nouvelles mesures exigées par le Congrès américain après les attentats du 11 septembre 2001 ont subi les attaques des groupements pour les libertés civiles et quelques compagnies aériennes. Selon eux, les nouveaux contrôles enfreignent les lois sur la sphère privée et provoqueront des retards dans les aéroports.
L’accord conclu entre Union européenne et Etats-Unis respecte le droit européen de la protection des données. Mais il semble enfreindre des règles helvétiques en la matière, affirme Kosmas Tsiraktsopulos, porte-parole du Préposé fédéral à la protection des données.
Kosmas Tsiraktsopulos a déclaré lundi, sur les ondes de la Radio suisse romande, que ces mesures étaient disproportionnées.
Un mécontentement assez général
Responsable de la communication auprès de l’Association internationale du transport aérien (IATA) à Genève, William Gaillarde relève le mécontentement assez général des compagnies aériennes relatives aux exigences américaines.
«Nous avons des objections sur plusieurs points. Leurs implications seront en effet difficilement supportables pour des compagnies en situation financière délicate», indique à swissinfo William Gaillarde.
Par ailleurs, William Gaillarde considère que les mesures américaines présentent de nombreuses difficultés pratiques. «L’enregistrement prendra une minute de plus par passager. Pour un avion de 350 places, imaginez la pression! »
Pour William Gaillarde, le dernier paquet de mesures sécuritaires représente une «embûche supplémentaire» pour des passagers déjà soumis à toute une série de nouveaux contrôles depuis le 11 septembre 2001.
Les passagers risquent de payer les pots cassés
Toujours selon William Gaillarde, les compagnies aériennes risquent de se trouver involontairement en infraction. Car les passagers seront souvent incapables de répondre à l’ensemble des questions qui leur seront adressées.
«Si un passager ne peut indiquer l’adresse de séjour – c’est souvent le cas pour les touristes – ou s’il ne connaît pas la langue des employés à l’enregistrement, nous n’obtiendrons pas les informations nécessaires», explique William Gaillarde.
«Dans le passé, nous avons eu à payer de lourdes amendes aux Etats-Unis sur des questions d’immigration. Voici un nouveau motif pour devoir débourser. Et ce n’est pas très juste. »
Au bout du compte, «ce sont les passagers qui en paieront le prix», relève William Gaillarde.
Cela dit, pour les compagnies récalcitrantes, des mesures plus drastiques, comme le retrait des droits d’atterrissage aux Etats-Unis, sont peu probables.
«Si une compagnie aérienne est dans l’incapacité de respecter les exigences américaines en raison des lois nationales de son pays, il s’agit d’un problème de gouvernement à gouvernement.»
Selon William Gaillarde, les exigences américaines pourraient avoir un impact négatif sur le trafic transatlantique qui transporte déjà moins de passagers depuis le 11 septembre 2001.
swissinfo, Vanessa Mock
(traduction: Pierre-François Besson)
Depuis le 5 mars, les passagers des compagnies européennes doivent fournir des informations détaillées aux autorités américaines.
Les passagers de la compagnie Swiss ne changent pas leurs habitudes.
L’accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis va à l’encontre de la protection des données en Suisse.
Si Swiss devait accepter les exigences américaines, un délai d’un mois précéderait leur application.
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