Les Irakiens de Suisse entre inquiétude et espoir
Les 9000 Irakiens de Suisse suivent de très près la guerre. Les témoignages d'un écrivain et d'un psychiatre.
Ils souhaitent tous les deux le départ de Saddam Hussein. Pour autant, ils ne sont pas favorables à l’invasion de leur pays par l’Amérique.
Difficulté à atteindre leurs proches en Irak. Interrogations sur l’avenir de leur pays. Espoir et angoisse. Les Irakiens de Suisse vivent des temps difficiles.
En collaboration avec le CICR, la Croix-Rouge suisse vient d’ailleurs d’ouvrir une ‘hotline’ pour leur permettre d’entrer en contact avec leurs concitoyens qui se sont réfugiés dans les pays voisins de l’Irak.
Par crainte ou par pudeur, l’opinion de ces Irakiens de Suisse reste souvent sous le couvert.
En exil depuis dix ans, habitant depuis longtemps en Suisse, Ali Al-Shalah a pourtant choisi de se confier à swissinfo.
Les ennemis d’un peuple qu’ils méprisent.
Ecrivain, directeur de centre culturel Suisse-Irak à Zurich, il se distancie du conflit qui a éclaté en fin de semaine dans son pays. Pour lui, ce n’est pas la guerre du peuple irakien, lassé qu’il est par une tragédie qui dure depuis trente ans.
L’acte guerrier de ces derniers jours, Ali Al-Shalah le considère comme une nouvelle «catastrophe» pour ses compatriotes.
A ses yeux, le dictateur Saddam Hussein et les Américains sont les ennemis d’un peuple qu’ils méprisent.
Pour Ali Al-Shalah, seule une rébellion des militaires contre Saddam Hussein permettrait d’éviter une catastrophe.
Par ailleurs, aux manifestants qui s’en prennent au président américain George Bush, il demande de ne pas oublier de condamner également le président irakien Saddam Hussein.
Désarroi face à la guerre
Autre Irakien de Suisse interrogé par swissinfo: Sukar Al-Ghazali. Comme son compatriote écrivain, ce psychiatre ne cache pas son désarroi face à la guerre, qu’il juge inutile pour le peuple irakien.
Les Américains ont installé Saddam Hussein, rappelle-t-il. Et maintenant ils n’en veulent plus. Or les Irakiens se seraient bien passé de ce tyran, comme de la guerre d’ailleurs.
Sukar Al-Ghazali estime que son pays doit changer de gouvernement. Mais, pour lui, c’est le peuple irakien qui doit chasser les responsables du régime de Saddam Hussein. Pas l’armée américaine.
Si les Etats-Unis imaginent qu’ils pourront faire de l’Irak une colonie à l’image de l’Afghanistan, ils se trompent, prédit Sukar Al-Ghazali. Ils n’ont aucune chance. Pour eux, ce sera pire que le Vietnam.
Le psychiatre n’a qu’une certitude. Saddam Hussein n’abandonnera jamais le pouvoir. Et il n’est pas homme à épargner les difficultés à son peuple.
A Bagdad, il faut s’attendre à une vraie résistance. Et à un flot d’exilés qui pourraient bien vouloir gagner l’Europe.
Sérénité à Berne
9000 citoyens irakiens ont déjà choisi la Suisse. Parmi eux, plus de 6000 appartiennent à la catégorie des réfugiés, reconnus comme tels ou non.
Jusqu’en décembre, chaque mois, entre 100 et 150 Irakiens déposaient une demande d’asile. En dix ans, ce chiffre a légèrement augmenté.
Mais, depuis janvier et l’imminence de la guerre, l’Office fédéral des réfugiés (ODR) a enregistré une poussée. En février, les demandes d’asile ont presque doublé.
Cela étant, l’ODR ne s’affole pas. Son porte-parole Dominique Boillat estime que la Suisse ne va pas au-devant d’un afflux massif de réfugiés.
Comme en 1991, pendant la guerre du Golfe, il faut s’attendre à un nombre de demandes relativement stable. A moins que, sur le terrain, la situation ne dégénère.
Gel des renvois
L’Organisation d’aide aux réfugiés (OSRA) souhaite que la Suisse fasse preuve de générosité. Elle aimerait que les autorités adoptent une politique plus ouverte, notamment en matière de regroupement familial.
Pendant toute la durée du conflit, les Irakiens de Suisse – des pères souvent – devraient pouvoir faire venir leur proches, plaide Yann Golay, porte-parole à l’OSAR.
Pour cela, il faudrait une décision politique, dit Dominique Boillat. Elle pourrait prendre la forme d’une admission collective provisoire. Mais, dans la situation actuelle, l’ODR n’y croit pas.
Sur le plan intérieur, l’ODR a décidé mardi de suspendre les renvois vers l’Irak. Une mesure que la Suisse applique dans les faits depuis plus d’un an déjà.
En clair, les 450 Irakiens que Berne n’a pas reconnus comme réfugiés resteront en Suisse, tant que la situation ne se sera pas stabilisée dans leur pays. Du reste, l’ODR ne rendra plus de décision à l’égard des ressortissants irakiens d’ici là.
swissinfo, Pierre-François Besson, Christian Raaflaub.
9000 Irakiens vivent en Suisse.
3000 ont le statut de réfugiés.
3000 disposent d’une admission provisoire ou sont en attente d’une décision ou ont été déboutés.
Trois requérant d’asile irakien sur dix reçoivent le statut de réfugié (la moyenne est d’un sur dix).
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