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Pénurie d’infirmières: la guerre du recrutement a commencé

En Suisse, les infirmières sont une denrée rare. Keystone

Confrontés à un manque récurant de personnel soignant, les hôpitaux suisses rivalisent d'astuces pour attirer les candidats. Une surenchère de campagnes de communication et de plans marketing qui n'est pas sans inquiéter les responsables.

«L’an dernier, nous avons participé aux Salons des soins infirmiers de Paris et de Montréal», explique Brioschi Levi, directrice des soins infirmiers au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). «Et nous n’étions pas les seuls, renchérit-elle, en face de notre stand se trouvait celui de nos confrères genevois».

Et pour cause. A en croire les professionnels, il manquerait en Suisse quelque 3000 infirmières et infirmiers généralistes. «Ce n’est pas nouveau, affirme Brioschi Levi. Depuis trente ans déjà nous recrutons une large partie de notre main d’œuvre au Canada, en France et en Belgique. Une situation qui s’est aggravée depuis trois ou quatre ans».

Et les chiffres en disent long. Au CHUV, 40 pour cent du personnel soignant est recruté hors de nos frontières. A l’Hôpital universitaire de Genève (HUG), la situation est encore critique. «70 pour cent de notre staff vient de l’étranger, précise André Laubscher, directeur des soins infirmiers à l’Hôpital universitaire de Genève. Il est essentiellement constitué de frontaliers».

Une situation d’autant plus inconfortable que le personnel français bénéfice désormais de conditions plus favorables avec, entre autres avantages, l’introduction des 35 heures. «Le recrutement est d’autant plus difficile, renchérit André Laubscher, que la pénurie de professionnels touche l’ensemble des pays industrialisés».

Et dans un contexte de concurrence acharnée, certains pays n’hésiteraient plus à distribuer les primes pour tenter d’attirer le personnel convoité.

«Ce type de surenchère concerne aussi la Suisse», affirme André Laubscher. Pour limiter les risques, les responsables des principaux hôpitaux universitaires suisses ont décidé de s’unir pour lancer une véritable campagne commune de recrutement et de promotion de la profession au mois de février.

Il est vrai que les actions de séduction sont toujours plus pressantes en Suisse. Non content de ratisser dans les écoles de soins infirmiers, les hôpitaux et autres institutions spécialisées n’hésitent plus à s’adresser directement à l’ensemble des jeunes. «Nous avons même organisé des journées portes ouvertes et accueilli des adolescents dans nos services pour tenter de les sensibiliser à l’intérêt de la profession», explique Brioschi Levi.

Bref, le milieu hospitalier qui, jusqu’à présent, protégeait jalousement ses secrets, n’hésite plus à se mettre en devanture pour attirer de nouveaux candidats. La stratégie risque toutefois de demeurer inopérante si elle n’est pas soutenue par de réelles améliorations des conditions de travail.

«De toute évidence, il faut revaloriser la profession, souligne Brioschi Levi. Cela passe par de meilleures conditions salariales, mais aussi par un réaménagement des horaires et des services offerts par l’entreprise».

Afin de redorer le blason d’une profession trop longtemps restée le parent pauvre des systèmes de santé, les experts comptent aussi sur une meilleure formation. «La possible introduction de la formation en soins infirmiers dans le cadre des Hautes écoles spécialisées (HES) devrait largement contribuer à revaloriser le métier», affirme Brioschi Levi.

Mais, en la matière, les jeux ne sont pas encore fait. «Certains cantons mettent encore les pieds aux murs», rappelle André Laubscher.

Il y a donc fort à parier que la pénurie de personnel soignant ne se résorbera pas à court terme. Et les infirmières continueront de se faire aussi rares que précieuses. Une aubaine pour une profession qui ne manque pas de revendication à faire valoir.

Vanda Janka

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