Visite indonésienne à Berne sur fonds de comptes secrets
Le chef de la diplomatie helvétique Joseph Deiss recevait mercredi à Berne son homologue indonésien Alwi Shihab. Une visite où il a notamment été question des fonds détournés par l´ancien président Suharto, qui auraient transité par la Suisse.
Cette rencontre entre les ministres des affaires étrangères suisse et indonésien à Berne s’est inscrite en quelque sorte dans le cadre des échanges de bons procédés plus ou moins diplomatiques. Joseph Deiss tenait à remercier son interlocuteur de la libération d’un journaliste suisse malencontreusement arrêté récemment à Jayapura, où il s’activait à suivre l’évolution de la situation sur le terrain à l’heure où la répression s’accentue contre les indépéndantistes d’Irian Jaya.
Le président Wahid vient d’ailleurs de se rendre sur place pour y célébrer la fin du ramadan, témoignant en même temps de la préoccupation officielle face à la montée des tensions dans cette région trop riche en ressources naturelles pour que les responsables du pays envisagent d’y faire des concessions.
Pour sa part, le ministre indonésien des affaires étrangères souhaitait sans doute s’assurer de la disponibilité helvétique à la veille de la reprise lundi prochain des rencontres informelles à Genève sur l’avenir d’Aceh, cet ancien sultanat autrefois indépendant au nord de l’île de Sumatra où, depuis un quart de siècle, des affrontements sanglants ont fait des milliers de victimes.
Le protocole d’accord, dit «de pause humanitaire», signé en mai 2000 à Genève entre des émissaires indépendantistes et des représentants officiels a certes permis de faire à peu près taire les armes, d’abord pour trois mois, puis pour un nouveau trimestre, mais l’échéance se rapproche et rien n’a été réglé sur le fond. La revendication indépendantiste est loin d’être apaisée et la réconciliation demeure toujours aussi hypothétique, d’autant que les épineuses questions essentielles n’ont pas encore été abordées.
Craignant toute flambée de ce que d’aucuns appellent le syndrome de Timor oriental, les forces armées se montrent particulièrement soucieuses de la défense de l’intégrité territoriale de l’archipel et y trouvent parfois matière à chercher noise au gouvernement central, notamment en recourant systématiquement à la manière forte.
L’ambassadeur indonésien avait pourtant prévenu à Genève: «le mémorandum conclu avec le «Mouvement Aceh libre» n’est ni un accord, ni même un cessez-le-feu au sens précis du terme, mais simplement un petit pas sur un chemin qui en comptera peut-être des centaines d’autres.»
C’est probablement pourquoi la vice-présidente Megawati Soekarnoputri, qui était du voyage avec le ministre, s’est bornée à des entretiens avec des responsables du Centre Henry Dunant à Genève au sujet des modalités envisageables afin de poursuivre ce «dialogue humanitaire».
Quant au délicat problème des comptes secrets de l’ex-président Suharto, qui devrait être jugé à Jakarta pour corruption et détournement de fonds publics, à ce propos, Berne attend toujours les compléments d’information demandés à la suite du dépôt en juin 1999 de la requête d’entraide judiciaire indonésienne. Des rumeurs avaient circulé peu avant la chute du vieil autocrate sur d’importants transferts de fonds qui auraient été opérés de banques suisses vers des établissements financiers autrichiens, mais jusqu’ici, rien de plus concret n’est venu les étayer. Selon Joseph Deiss, son interlocuteur a promis de faire de son mieux afin que la procédure aboutisse.
Enfin, Alwi Shihab a profité de l’occasion pour rappeler à son hôte que le développement économique demeurait une priorité de l’actuel gouvernement en vue d’encourager la démocratisation du système tout en assurant la stabilité dans le pays, et que l’aide de la Suisse était la bienvenue.
Claude Levenson
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