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Une architecture utile: la contribution du Suisse Daniel Heusser en Chine

Daniel Heusser
En 2000, Daniel Heusser s'est installé à Shanghai où il a fondé sa propre entreprise en 2003 : Virtuarch. SWI swissinfo.ch

L’architecte Daniel Heusser a importé en Chine son modèle d’architecture utile à la société et conçue pour durer. Au cours de ses plus de 30 années passées dans ce pays, il a accompagné et contribué à l’évolution urbanistique et architecturale du géant asiatique.

Pendant ses études d’architecture à Zurich, Daniel Heusser, originaire de Rheinfelden, dans le canton d’Argovie, était à la recherche d’une expérience à l’étranger. «Je me suis intéressé aux programmes d’échange et il y en avait un avec la Chine. À l’époque, ce pays me semblait intéressant, il était en pleine effervescence», raconte l’architecte. C’est ainsi qu’en 1992, il s’est rendu pour la première fois dans le pays dans le cadre d’un programme d’échange universitaire, plus précisément à Nankin (province du Jiangsu en Chine orientale). «Évidemment, c’était une tout autre Chine à l’époque; à bien des égards, c’était encore un pays du tiers-monde», explique celui qui est également déléguéLien externe au Conseil des Suisses de l’étranger de l’OSE (Organisation des Suisses de l’étranger).

En 1994, une opportunité s’est présentée, marquant le début de sa longue carrière en Chine: «Un architecte suisse était en train de créer une coentreprise en Chine et cherchait des personnes à intégrer au projet. Il a choisi deux jeunes, et j’étais l’un d’entre eux. J’ai ainsi eu la chance de participer dès le début à la mise en place d’une coentreprise avec des partenaires publics chinois. Ce fut une expérience fascinante, mais aussi très exigeante.»

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Les défis du monde des affaires en Chine

Daniel Heusser explique qu’au début de sa carrière, le problème fondamental résidait dans le fossé considérable entre la réalité suisse et la réalité chinoise. Dans les années 1990, la priorité de ce pays asiatique était de jeter les bases nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux de la population. «Par rapport à la Chine de l’époque, en Suisse, chaque projet pouvait presque être considéré comme un projet de luxe: il y avait davantage de ressources, plus de marge de manœuvre pour expérimenter et des budgets nettement plus élevés», explique le Suisse.

Notre série brosse le portrait de Suisses qui créent et développent des entreprises à l’étranger. À travers leurs parcours personnels, nous nous penchons sur les raisons qui les ont poussés à réaliser leurs projets au-delà des frontières nationales, les conditions dans lesquelles ils évoluent ainsi que les défis et opportunités qui en découlent.

Cette série montre également comment la Cinquième Suisse contribue au rayonnement économique, culturel et politique de la Suisse.

Pour l’architecte, le plus grand défi a été de concevoir des bâtiments de meilleure qualité que ceux habituellement construits en Chine, sans pour autant proposer quelque chose de trop éloigné de la réalité locale. «Aujourd’hui, cet écart s’est considérablement réduit. Il y a davantage de qualité dans les détails; mon travail d’architecte est devenu plus nuancé en matière de complexité des projets, mais plus simple, car, en Chine aussi, les normes ont beaucoup évolué. Dans nos projets, il n’y a plus cet énorme fossé qui existait autrefois entre les projets les plus essentiels et ceux beaucoup plus sophistiqués», indique-t-il.

Des approches différentes

Les architectes suisses sont arrivés en Chine avec une approche totalement différente du terrain. Daniel Heusser explique qu’en Suisse, l’architecte se présente davantage comme un partenaire du maître d’ouvrage et que les projets sont élaborés ensemble. «En Chine, en revanche, c’est un peu différent», poursuit-il. «Les clients arrivent souvent avec des idées déjà très précises de ce qu’ils veulent. Ils apportent parfois des photos d’autres bâtiments à titre de référence. À mon arrivée, l’une des demandes les plus fréquentes était de construire des bâtiments de style romain ou dans d’autres styles historiques européens. Ce sont des choses qui n’arrivent pratiquement jamais en Europe. En tant qu’architecte suisse, je n’avais certainement pas appris à faire cela. »

Mais cette situation est en train de changer. «Aujourd’hui, dans nos projets, l’efficacité et la fonctionnalité du bâtiment sont devenues des aspects fondamentaux. La Chine étant un pays immense, elle recèle des réalités très différentes les unes des autres; on ne peut donc pas généraliser.»

En Chine, on fait appel à nous pour la qualité et la fonctionnalité

En 2000, Daniel Heusser s’est installé à Shanghai, où il a fondé son entreprise Virtuarch en 2003. Aujourd’hui, sa clientèle vient principalement des secteurs de la production et de l’éducation, et son cabinet d’architecture se charge souvent de la gestion complète du projet.

Un homme assis devant une baie vitrée
Daniel Heusser dans les locaux de la Chambre de commerce allemande à Shanghai, conçus par Virtuarch. Virtuarch

Les clients chinois apprécient les projets réalisés avec soin et conçus pour durer dans le temps. Selon la vision de Daniel Heusser, il s’agit de concevoir un bâtiment qui parvienne à allier fonctionnalité, qualité architecturale et expérience pour ceux qui l’utiliseront, ce qui le rendra unique précisément parce qu’il fonctionne bien.

«Ils nous contactent par exemple lorsqu’une entreprise construit une nouvelle usine parce qu’elle doit commencer à produire avant une certaine date. Ou bien nous réalisons des écoles qui doivent ouvrir le 1er septembre de l’année suivante. C’est précisément dans ce secteur que nous avons trouvé notre créneau», explique l’architecte suisse. À ce jour, le cabinet de Daniel Heusser a principalement réalisé des écoles et des campus internationaux, des centres de recherche, des sièges de grandes entreprises internationales et des bâtiments industriels. Virtuarch compte plus de 500 projets à travers la Chine, la Corée du Sud et l’Asie du Sud-Est, et a ouvert en 2019 une succursale à Bangkok, en Thaïlande.

Curiosité, identité et intégration

Au terme de ses cinq premières années en Chine, l’occasion de rentrer en Suisse s’est présentée, mais Daniel Heusser a décidé de rester. Il confie ne s’être jamais senti comme un «expatrié», mais s’être toujours intégré aux coutumes locales. «L’un des principaux facteurs est sans aucun doute le fait que j’ai toujours eu l’occasion de faire des choses intéressantes. J’ai découvert que la vie ici et le travail que je me suis construit correspondent à bon nombre de mes traits de caractère et de mes qualités, mais aussi à ma curiosité. J’ai toujours cherché à comprendre les choses, à observer comment les gens vivent dans des contextes différents. Cette dimension de la vie dans un environnement où il faut sans cesse trouver un moyen d’avancer, trouver des solutions et faire face à des situations imprévisibles correspond tout à fait à ma personnalité», raconte-t-il.

À ceux qui choisissent aujourd’hui la Chine, Daniel Heusser conseille d’arriver avec beaucoup de curiosité. «S’intéresser à ce qui se passe autour de soi, être capable d’écouter, de parler aux gens, de comprendre ce qu’ils veulent. Et puis trouver un équilibre entre faire ce qui est nécessaire et exigé, tout en parvenant à faire quelque chose qui sorte toujours un peu de l’ordinaire», déclare l’architecte.

Une question revient très souvent: à quel point peut-on s’intégrer et dans quelle mesure reste-t-on suisse ou, en tout cas, étranger? «Il faut trouver un équilibre entre ces deux dimensions», poursuit-il.

«Je pense que cela vaut pour tous les Suisses qui vivent à l’étranger et qui souhaitent réussir professionnellement dans les pays où ils se trouvent. Je crois que c’est particulièrement important, surtout dans un secteur créatif. Il faut jouer le rôle de ‘bâtisseur de ponts’: mettre en relation des cultures différentes et parvenir à créer quelque chose d’unique qui soit concrètement utile et utilisable.»

Quant à ses projets, l’architecte suisse n’a aucun doute: les plus intéressants sont les bâtiments capables de faire la différence pour une communauté. Pour Daniel Heusser, il s’agit avant tout de crèches, d’écoles et de projets industriels présentant des exigences techniques stimulantes.

Relu et vérifié par Zeno Zoccatelli. Traduit de l’italien par Emilie Ridard.

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