Du rêve... encore du rêve!

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«Cartes postales» de Suisses expatriés... Rolf Kesselring, écrivain, ancien éditeur, nous adresse son courrier de la région de Nîmes.

Ce contenu a été publié le 30 novembre 2002 - 11:17

Rolf Kesselring revient sur l'initiative «contre les abus dans le droit d'asile», qui a été rejetée dimanche dernier.

Récemment, j'étais plongé, avec émotion, dans l'histoire de la Révolution française (celle de 1789, évidemment), lorsqu'une réflexion me vint à l'esprit, fulgurante. Ce qui manque à nos sociétés dites «avancées», c'est la fabuleuse et jubilatoire dimension d'un rêve commun, d'une générosité tout simplement humaine.

Il est vrai qu'en écoutant les nouvelles du monde actuel, on ne peut pas s'enthousiasmer. La confusion des esprits est partout. Prenez un exemple, récemment, j'apprends qu'en Suisse on votait, encore une fois, à l'initiative de cette UDC pas si centriste que ça, à propos d'une toute nouvelle tentative de restriction du droit d'asile.

Les résultats ne furent guère réjouissants pour l'image de notre pays auprès des étrangers. Ils furent à l'avenant de la confusion généralisée qui paralyse les meilleurs esprits, les tentatives les plus généreuses.

Vous avez dit confusion?

Ce n'est pas la première fois que l'on tente de diaboliser les étrangers. Blocher (l'homme fort de l'Union démocratique du Centre, auteur de l'initiative «contre les abus dans le droit d'asile». Ndlr.) et ses sympathisants ont utilisé une vieille antienne récurrente.

Certains, dans l'histoire, se sont servis des mêmes réflexes primaires à l'égard des Gitans, des Juifs. Maintenant ce sont les gens de couleur et les Arabes.

Tous menteurs et profiteurs, tous terroristes en devenir. De quoi fermer les frontières et se replier sur nous-même, comme ces vieilles chattes qui n'ont pas eu leur comptant d'amour et deviennent, sur le tard de leur existence, agressives et méchantes. La confusion est majeure.

Pour oublier...

Je me délectais de tout ce qu'avait dit ou écrit les Danton, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine. J'essayais de ne pas penser à ce que devenait ma Suisse, celle dont je suis encore amoureux... de loin.

Ce fut à ce moment précis qu'un texte de Mirabeau me cloua, stupéfait et choqué. Dans son «Essai sur le despotisme» (1773), il écrivait cette phrase - peut-être - prémonitoire: «La Suisse, cette excroissance de l'Europe, où la nature semble avoir jeté ses humeurs froides et stagnantes».

Et pourtant, il ne pouvait savoir que les Schwarzenbach ou Blocher allaient la peupler, cette Suisse.

Des hommes intelligents

Je sais! Plus personne, à l'heure actuelle, ne s'intéresse aux personnages qui forgèrent les textes de la Constituante ou celui des Droits de l'Homme.

En ces temps où les hommes politiques deviennent incantatoires et les peuples moutonnants, quel intérêt peuvent représenter ces écrits d'auteurs multiples prônant un avenir mieux fait, où l'égalité, la fraternité et la liberté, étaient des principes majeurs.

C'était une époque où l'on rêvait énormément, à plein temps. Il s'agissait d'une époque où des hommes intelligents et généreux pensaient à l'échelle de l'humanité et du temps.

swissinfo/Rolf Kesselring

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