Comment les banques suisses anticipent les risques
Plus personne ne pourra prendre au dépourvu les banques suisses, grâce à des logiciels de veille planétaire. Pas même Ed Fagan.
«Cyberdéstabilisation». Encore un nouveau mot qui signifie que par l’Internet vous pouvez gravement porter atteinte à une entreprise. Comment? En créant d’abord un faux site de défense des consommateurs, très professionnel et fort bien documenté.
Petit à petit, ce site, référencé par tous les moteurs de recherche, et lié à des centaines d’autres sites, va distiller des informations très négatives sur la société. «La véritable déstabilisation n’apparaît que lorsque l’information quitte l’Internet pour être reprise dans les journaux, les télévisions», analyse Nicolas de Rycke, du cabinet spécialisé C4iFR.
Mais il est déjà trop tard. Les attaques fusent de toute part. Lors de l’affaire des fonds juifs, ni le Conseil fédéral, ni les grandes banques suisses n’ont saisi l’importance de l’attaque, ni l’envergure des personnes qui portaient les accusations.
Archiver le son comme le texte
Depuis, les sociétés américaine Cyveillance, britannique AIM, et française Datops Software ont mis au point des logiciels capables de suivre en temps réel l’image d’une entreprise. C’est-à-dire capables de recenser les premiers signaux faibles: un site Internet encore inconnu ou des «chats», ces lieux de discussion sur la toile.
«Une nouvelle technologie permet d’intégrer des flux audiovisuels, des journaux télévisés et radios émis dans le monde entier. Le son s’archive comme du texte et le taux de reconnaissance atteint 80%», explique le général français Jean-Bernard Pinatel, président de la société Startem, qui vient de fusionner avec Datops.
Grâce à ce logiciel, les grandes banques suisses savent ce qui se dit chaque jour dans les médias sud-africains concernant la plainte déposée par Ed Fagan au nom des victimes de l’apartheid contre l’UBS et le Credit Suisse.
D’où peut venir le danger
L’instrument de veille ne s’arrête pas aux grands éditoriaux, il note les réflexions des auditeurs qui appellent dans les radios locales à Pretoria ou à Durban. «Pour l’instant, le risque d’embrasement comme pour l’affaire des fonds juifs est très faible, mais nous restons vigilants», note un consultant travaillant pour l’UBS.
D’autant que cette attaque s’ajoute à celle visant le secret bancaire menée depuis Bruxelles par certains de nos voisins. «Il faut aussi savoir d’où peut venir le danger: la population, les concurrents, les médias, les mafias, mais aussi les ONG et les Eglises», constate Bernard Jacquemart de Sécurités sans Frontières.
Avec ou sans logiciels sophistiqués, il faut, malgré tout, garder en mémoire que les crises ne se déroulent jamais comme on pouvait le prévoir. Quant à la façon de réagir, il n’existe pas encore de plates-formes informatiques capables de prendre des décisions à la place de l’homme.
swissinfo/Ian Hamel
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