La crise du gaz russe épargne la Suisse
Le conflit gazier entre la Russie et l'Ukraine n'inquiète pas l'industrie gazière suisse, qui estime l'approvisionnement du pays assuré.
Contrairement à ses voisins, la Suisse n’a pas constaté de baisse des livraisons après la fermeture du robinet imposée dimanche par Gazprom aux Ukrainiens.
Le conflit gazier entre la Russie et l’Ukraine a pris une tournure concrète avec la cessation des livraisons du géant russe Gazprom à l’ex-grenier à blé du bloc soviétique, qui refuse un quadruplement du prix du gaz russe.
Cette mesure fait écrire au journal parisien «Le Monde» que «la Russie, premier producteur mondial de gaz, vient d’appuyer sur le bouton de l’arme énergétique».
Le contexte est le suivant: une grande partie du gaz russe exporté vers l’Europe occidentale transite par l’Ukraine.
Et si Gazprom assure que tout sera rentré dans l’ordre d’ici 24 heures, les ex-pays de l’Est, l’Allemagne, l’Autriche, la France ou l’Italie ont constaté une diminution parfois importante des quantités de gaz russe obtenues ces dernières heures.
Pas de stocks stratégiques
En Suisse, les spécialistes calment le jeu. «La plus grande partie du gaz que nous consommons dans notre pays vient pour l’essentiel de Mer du Nord et de grands opérateurs internationaux», explique le président de Swissgas (trois-quarts du marché suisse).
Si l’approvisionnement n’est pas en péril, Philippe Petitpierre y voit d’autres raisons encore. «D’une part, notre structure contractuelle est une structure indépendante de Gazprom: nous n’avons pas de contrat direct avec Gazprom».
En outre, «sur les 10% à 12% d’importations qui viennent de Russie, la totalité ne transite pas par l’Ukraine: nous avons là aussi une deuxième sécurité», souligne-t-il.
Ceci dit, la Suisse ne dispose pas sur son sol de stocks physiques, en dehors des villes qui stockent leur gaz dans des sphères, reconnaît le président de Swissgas.
Prix couplé à celui du pétrole
Selon les observateurs, cette guerre du gaz entre Russie et Ukraine ne devrait pas avoir d’influence sur le consommateur suisse, les prix du gaz étant indexés sur ceux du pétrole et fixés par des contrats à long terme.
La décision de coupler les prix du gaz et du pétrole a été prise au niveau européen par les fournisseurs, qui sont les mêmes pour ces deux matières premières, indique le porte-parole de l’Association suisse de l’industrie gazière (ASIG), Olivier Matile.
Cette mesure vise à «assurer la stabilité des prix au niveau des investissements qui ont été consentis pour la mise en place des infrastructures».
Dans ce contexte, précise Olivier Matile, «je ne vois vraiment pas de problème d’augmentation des prix du gaz en Suisse pour le moment».
Un approvisionnement diversifié
La Suisse bénéficie d’un approvisionnement en gaz très diversifié – Mer du Nord, Hollande, Algérie (via la France), etc.
Environ un quart des importations totales (35’000 Gwh) viennent de Russie. Une bonne partie via la société allemande Ruhrgas, qui s’est engagée à fournir des quantités d’appoint au cas où les livraisons en provenance de Russie seraient perturbées, précise Swissgas.
Ces dernières heures, Ruhrgas n’a pas reçu la totalité du volume de gaz pour laquelle elle a passé contrat avec la Russie. Mais la société se dit en mesure de compenser ce manque grâce à d’autres sources d’approvisionnement.
swissinfo et les agences
La Suisse ne produit pas de gaz naturel.
Swissgas assume trois-quarts des importations, Gasverbund Mittelland AG, Erdgas Ostschweiz AG et Gaznat SA se partagent les 25% restants.
La distribution de ce gaz est assurée par une centaine de fournisseurs à travers le pays.
Le gaz naturel compte pour 12% dans les besoins énergétiques de la Suisse.
– Selon l’Office fédéral de l’énergie, la Suisse a importé en 2004 51,9% de son gaz d’Allemagne, 22,6% de Hollande, 10,5% de France, 9,5% de Russie et 5,5% d’Italie.
– La proportion réelle de gaz «russe» est difficilement quantifiable vu que l’Allemagne importe les 4/5e de son gaz et que 41% de ses importations proviennent de Russie.
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