La croissance au cœur de l’économie suisse
Pour Peter Wuffli, l'un des plus grands défis de la Suisse est de maîtriser sa faible croissance économique.
Dans un entretien accordé à swissinfo, le patron de l’UBS brosse les grandes lignes de son action à la tête de la principale banque du pays.
swissinfo: en tant que leader du monde économique, quelle est votre vision de la Suisse?
Peter Wuffli: Je suis confiant. Je pense que la Suisse va continuer à rencontrer le même succès qu’au cours des dernières décennies et à confirmer sa position de leader dans différents secteurs importants.
Notre système, qui permet de trouver un juste équilibre entre les intérêts politiques et économiques, est une force.
De toute évidence, il faut aussi que nous défendions ce qui fait le succès de la Suisse en tant que centre financier. Le secret bancaire est bien sûr primordial.
Votre vision de la Suisse inclut-elle le pays dans l’Union européenne?
P.W. : Pas nécessairement. Je pense que la Suisse est et doit rester compétitive dans un contexte global. L’Union européenne (UE) est bien sûr un partenaire important. Mais les Etats-Unis le sont également ainsi que la zone Asie-Pacifique.
Géographiquement, nous nous trouvons au cœur de l’Europe, mais nous opérons à une échelle bien plus large. Je pense que l’adhésion à l’UE n’est pas un thème à moyen terme.
La qualité de vie en Suisse est-elle meilleure maintenant que par le passé?
P.W. : J’ai passé deux ans aux Etats-Unis. Je dois dire que quand je suis rentré, il y a un an, j’ai eu le sentiment que la Suisse avait beaucoup avancé. Elle est devenue plus moderne, notamment dans les domaines de la politique et de l’éducation.
Je pense que nous avons fait beaucoup de progrès, contrairement à d’autres pays européens. Par exemple, nos petites et moyennes entreprises ont beaucoup appris de la crise du début des années 90. Et nombre d’entre elles sont depuis devenues tout à fait compétitive au niveau mondial.
Pensez-vous que des progrès doivent encore être accomplis, notamment au niveau de la libéralisation et des cartels?
P.W. : Absolument. Nous avons des secteurs économiques qui sont trop protégés, où les prix sont trop élevés, où la productivité n’est pas suffisante et où, disons-le, il y a un manque de croissance.
Le principal défi pour notre pays est d’atteindre la croissance en termes de productivité, d’innovation, de libéralisation et de compétitivité. Mais comme dans bien d’autres pays, il faudra beaucoup de travail pour relever ce défi.
Quelle est votre stratégie à l’UBS? Vers quoi vous dirigez-vous?
P.W. : Depuis de nombreuses années, l’UBS a une stratégie très cohérente. Elle est très simple. Nous voulons être reconnus comme la meilleure entreprise de services financiers au monde.
Nous sommes actifs dans trois domaines. La gestion de fortune et de patrimoine, secteur dans lequel nous sommes leaders mondiaux. Ensuite, la banque d’investissements, où nous faisons parties des quelques entreprises en vue. Enfin, nous voulons être la principale banque de Suisse. Voilà les trois piliers de notre stratégie.
De nombreuses banques sont en train de licencier des milliers de personnes. Allez-vous être forcé faire de même?
P.W. : Nous avons aussi supprimé des postes, mais dans une moindre mesure. Nous sommes en fait très prudents, car il faut arriver à un équilibre. Il convient d’être sur la défensive en cette période économique très difficile, tout en se réservant les possibilités de rebondir lorsque la croissance reviendra.
Pourquoi les investisseurs devraient-ils venir placer leur argent chez nous? La Suisse n’est plus le seul endroit où l’on trouve de la stabilité, de la fiabilité et de la discrétion.
P.W. : En réalité, la qualité suisse n’a pas diminué, Mais c’est celle des autres pays qui a augmenté. Après la dernière guerre mondiale, de nombreux pays européens ne connaissaient pas la libre circulation des capitaux et disposaient d’un éventail de produits financiers très limité.
Mais je reste confiant. Nous sommes capables de maintenir notre très bonne position dans le domaine de la banque privée internationale.
Quelles sont vos prévisions concernant l’économie suisse au cours du prochain trimestre?
P.W. : Malheureusement, les nouvelles n’ont cessé d’être mauvaises au cours des derniers mois. Il n’y a eu que peu de nouvelles positives et c’est pourquoi la plupart des économistes sont réservés quant à la reprise de la croissance.
Nous ne voyons certes toujours pas de crise majeure en vue, mais, d’un autre côté, nous ne sommes pas non plus très optimistes quant à une reprise rapide. Je pense donc qu’il faut s’attendre à ce que cette phase de stagnation dure quelques temps encore.
Que pensez-vous d’une possible fusion entre l’UBS et le Credit Suisse?
P.W. : Ce ne serait pas une bonne idée. En tant que centre financier, nous avons intérêt à conserver deux institutions financières importantes et en bonne santé.
swissinfo/propos recueillis par Robert Brookes
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