La double fronde des vignerons romands
Plus d'une centaine de vignerons romands ont rallié Berne en tracteur lundi et réclamé des mesures urgentes pour sauver la viticulture suisse. Derrière ce bras de fer avec l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) sur la réduction des contingents d'importation des vins étrangers, se profile une fronde contre l'Interprofession suisse des vins.
Vision inhabituelle. Lundi les tracteurs ont remplacé les files de voitures généralement parquées sur la place fédérale. Plus d’une centaine de viticulteurs genevois, vaudois et neuchâteloises ont fait le déplacement à Berne. L’ambiance est bon enfant. On trinque. Mais la détermination est bien au rendez-vous.
La bataille ne fait que commencer
«Le 28 août nous étions une quinzaine, aujourd’hui il y a près de 200 viticulteurs et la prochaine fois nous serons encore plus nombreux», menace Willy Cretegny, viticulteur genevois. Car, dit-il, la bataille ne fait que commencer.
Et l’instigateur du mouvement de souligner que les viticulteurs ne sont pas les seuls travailleurs de la terre à vouloir faire entendre leur voix. «Aujourd’hui, tout au long de la route, les paysans nous ont témoigné leur compréhension. Et la semaine dernière l’Union suisse des paysans nous a officiellement apporté son soutien», rappelle Willy Cretegny.
Fernand Cuche, secrétaire-général de l’Union des producteurs suisses, a aussi fait le déplacement. Histoire de manifester sa solidarité. Il a rappelé, en substance, que tous les producteurs suisses – toutes spécialités confondues – étaient confrontés à de sérieux problèmes de concurrence internationale.
«Les accords sur la libéralisation des marchés passés avec l’OMC sont mauvais, affirme Fernand Cuche. Il faut donc les rediscuter.»
Seule une redéfinition des ces accords internationaux permettrait, en effet, de satisfaire la principale revendication des vignerons. «Nous exigeons une réduction des contingents d’importation des vins étrangers», renchérit Willy Cretegny.
Représentativité mise en cause
A terme, les viticulteurs souhaiteraient que l’approvisionnement du pays soit assuré à part égale par la production indigène et par les importations. «Actuellement, la législation autorise la commercialisation de 170 millions de litres de vins étrangers pour 120 millions de litres produits en Suisse, rappelle le Genevois. Et les viticulteurs ne sont pas en mesure de régater contre les prix pratiqués à l’étranger.»
Pour les viticulteurs qui ont fait le déplacement à Berne, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) ne fait pas le nécessaire pour réguler le marché. De leur côté, les autorités fédérales affirment qu’elles n’ont qu’un seul interlocuteur dans le domaine: l’Interprofession suisse des vins
Or, l’organisation qui réunit des producteurs, mais aussi des commerçants de toutes les régions de Suisse, ne semble pas encline à soutenir le mouvement.
Nous partageons le souci des viticulteurs, précise en substance l’organisation professionnelle, mais nous n’approuvons pas la manière de porter le débat sur la place publique. «D’ailleurs, précise son secrétaire, Pierre-Yves Fellay, l’Interprofession suisse des vins n’a pas encore adopté une position officielle sur le sujet.»
La Société des encaveurs de vin du Valais, elle, est très claire. «Les vignerons qui ont fait le déplacement à Berne sont peu représentatifs de la profession», lance son président Jean-Pierre Guidoux.
Les producteurs n’ont plus leur mot à dire
A en croire les représentants officiels de la profession, les viticulteurs qui ont envahi la place fédérale ne seraient qu’une poignée de dissidents, prêts à en découdre avec la loi dans le seul but de sauver leur situation individuelle. Ils ne seraient par ailleurs que peu ou pas informés des tractations menées avec les autorités fédérales.
«Actuellement, nous négocions un catalogue de mesures en vue de la révision de la loi sur l’agriculture qui doit enter en vigueur au 1er janvier 2004, affirme Pierre-Yves Fellay. Nous y proposons notamment un ensemble de mesure visant à abaisser les coûts de production en Suisse.»
Nous n’avons plus le temps d’attendre répondent d’une seule voix les viticulteurs rassemblés à Berne. «Aujourd’hui, ce sont les négociants et les distributeurs qui dirigent l’Interprofession des vins», affirme Willy Cretegny. Les producteurs n’ont plus leur mot à dire.
Et un vigneron vaudois de renchérir, «Nous sommes également montés à Berne pour mettre en garde nos dirigeants. S’ils ne se décident pas à défendre nos intérêts, nous devrons trouver d’autres voies pour nous faire entendre.»
Une rencontre avec Pascal Couchepin
Des slogans, tels que «Du vin, du pain et plus de Couchepin», ont été déployés. En l’absence de Pascal Couchepin, chef du Département fédéral de l’économie, à Paris pour deux jours, la délégation a fait part de ses revendications au directeur de l’OFAG Manfred Bötsch. Elle a exigé un futur rendez-vous avec son supérieur.
Après avoir obtenu l’assurance d’une rencontre cette semaine encore avec Pascal Couchepin, la délégation de viticulteurs a quitté le Palais fédéral. Elle avait menacé de passer la nuit sous la Coupole, alors que dehors, les vignerons se préparaient à camper devant le bâtiment.
Vanda Janka
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