La justice suisse s’intéresse à la banque de la compagnie Elf
Depuis cinq ans, les juges français en charge de l'affaire Elf ne se sont jamais penchés sur les comptes de Rivunion, une petite banque fort discrète, à deux pas de l'aéroport de Genève-Cointrin. La justice suisse, en revanche, se montre plus curieuse.
«Rivunion? Mais c’est la trésorerie des pays africains producteurs de pétrole», raconte cet ancien cadre de la compagnie Elf. En novembre 1980, afin de pouvoir réaliser des montages financiers un peu particuliers, à l’abri des regards, la compagnie pétrolière française crée Rivunion SA à Genève.
Deux avocats suisses participent à sa création, Jean-Paul Aeschimann et René Merkt. Le but de cette société: la réalisation de «toutes opérations de financement requises pour la gestion de la trésorerie de sociétés du groupe Elf Aquitaine, notamment sous forme de placements fiduciaires».
Juges parisiens moins curieux que les suisses
Très curieusement, les trois juges parisiens qui décortiquent depuis 1996 le tentaculaire dossier Elf ont soigneusement évité de mettre leur nez dans les comptes de cette banque. Est-ce, comme le suggère l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné, pour éviter de gêner certains dirigeants africains amis de la France?
La justice suisse, qui enquête de son côté sur le dossier Elf, n’a pas ce genre d’état d’âme. Elle a donc pris l’initiative de jeter un coup d’œil sur la comptabilité de cette banque si discrète.
Rivunion, apparemment, ne perd pas trop de temps avec les formalités administratives. Un exemple, l’assemblée générale extraordinaire du 15 juin 1996 a débuté à 12 heures, pour se terminer à 12 heures 15.
Dans un document en notre possession, estampillé «confidentiel» Jack Sigolet, administrateur de Rivunion de 1984 à 1996, reçoit l’ordre le 29 avril 1992 de «verser la somme de 1,586 million de dollars sur le compte Hordia Co Inc à la Swiss Bank Corporation de Genève, en précisant bien Référence Fernando». Sur le même document, il est demandé à Jack Sigolet de «facturer un montant équivalent à Elf Aquitaine Angola sous forme de factures».
La justice suisse a également découvert qu’en 1997, la caisse noire d’Elf avait participé au financement d’une des milices engagées dans l’effroyable guerre civile qui a ravagé le Congo-Brazzaville, ce grand producteur d’or noir.
Ian Hamel
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