La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Les Etats-Unis ont frustré les banques suisses

Madeleine Albright n'était pas aux côtés de la Suisse en 1996. Keystone

En 1996, les établissements helvétiques ont été écartés du programme «Pétrole contre nourriture» sur demande américaine. Ils ne commentent pas.

Selon un rapport, la Secrétaire d’Etat Madeleine Albright s’est élevée contre l’attribution d’un contrat au Credit Suisse ou à UBS.

C’était en 1996, indique le rapport intermédiaire rédigé par la commission d’enquête indépendante sur ce programme de l’ONU. Madeleine Albright est alors intervenue personnellement afin que les deux grandes banques suisses soient exclues du contrat portant sur la gestion des comptes bancaires du programme «Pétrole contre nourriture».

Le rapport publié jeudi constate que le Credit Suisse était le plus qualifié, selon les critères de l’ONU. Mais que le contrat est revenu à la Banque nationale de Paris (BNP).

La société genevoise d’inspection Société Générale de Surveillance (SGS) a également été mise à l’écart, indique le rapport. On lui a préféré la firme néerlandaise Sayboot.

Selon le document, Madeleine Albright considérait que l’attribution du contrat aux Suisses aurait été une «erreur». Elle estimait en effet que les lois suisses relatives aux banques n’étaient pas assez transparentes.

En outre, la Suisse n’appartenait alors pas à l’ONU, ce qui rendait difficile l’application légale d’une résolution des Nations unie, estimait la Secrétaire d’Etat.

Laquelle invoquait enfin le fait que le dictateur irakien Saddam Hussein et sa famille possédaient des comptes privés en Suisse.

Décisions politiques

L’attribution des contrats aux banques a été décidée en dernier lieu par le secrétaire général de l’ONU d’alors, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali.

Dans une lettre à la commission d’enquête, celui-ci explique que le choix de la Banque Nationale de Paris (BNP) a été pris «en accord avec les délégations américaine et irakienne. Il s’agissait d’une décision politique».

Credit suisse Group autant que l’Association suisse des banquiers refusent d’apporter tout commentaire sur ces révélations.

Pour rappel, le programme «Pétrole contre nourriture» est demeuré en vigueur de 1996 à 2003, moment de son abandon après l’invasion de l’Irak par la coalition menée par les Etats-Unis.

Il devait permettre au régime de Saddam Hussein d’exporter du pétrole pour pouvoir acheter, en échange, des produits de consommation courante.

Règles outrepassées

Membre de la commission d’enquête, Mark Pieth se dit surpris de l’impact qu’ont eu les considérations politiques sur le programme.

Le professeur de droit pénal bâlois estime que les responsables onusiens ont outrepassé les règles et ont décidé entre eux de l’établissement bancaire qui devrait remporter le marché.

En 1996, Credit Suisse et UBS étaient impliqués dans une controverse internationale à propos de leur prétendue coopération avec l’Allemagne nazie.

Deux ans plus tard, les banques suisses avaient accepté de payer 1,25 milliard de dollars afin de régler le dossier des plaintes des survivants de l’Holocauste (notamment).

Ceux-ci estimaient avoir souffert de la coopération entre les institutions helvétiques et l’Allemagne lors le Deuxième guerre mondiale.

swissinfo et les agences

La commission d’experts indépendants mène ses investigations autour des milliards de dollars détournés par Saddam Hussein au dépend du programme «Pétrole contre nourriture».
De nombreux citoyens et firmes d’une cinquantaine de pays sont suspectés de l’avoir aidé dans son entreprise.
Le programme «Pétrole contre nourriture» a duré de 1996 à 2003.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision