Les paysans crient à nouveau leur colère
Après d'autres secteurs de l'agriculture, c'est au tour des producteurs de viande de monter aux barricades. Et de bloquer des centres de distribution en Romandie.
Depuis mardi matin, deux cent paysans bloquent les centrales de distribution de Migros à Ecublens dans le canton de Vaud et de Coop à La Chaux-de-Fonds dans le canton de Neuchâtel.
Menés par le syndicat Uniterre (ex-Union des producteurs suisses), les paysans réclament une augmentation du prix de la viande à la production.
Durcissement du mouvement
«Nous demandons que l’on revienne aux prix d’octobre 2000, avant le début de la deuxième crise de la vache folle», précise Jean-Eugène Pasche, secrétaire d’Uniterre. Ce qui signifie une augmentation de prix de 2 francs environ par catégorie.
Coop et Migros qui gèrent l’essentielle de la grande distribution en Suisse ont refusé – dans un premier temps – d’entrer en matière. D’où le durcissement mardi du mouvement paysan qui pourrait se prolonger plusieurs jours.
Michel Renevey, directeur de Migros Vaud, explique le niveau des prix actuels par la baisse de la consommation de 20% environ consécutive à la crise de la vache folle. Une diminution qui a entraîné une surproduction de viande bovine.
Surproduction de viande
Un excédent de viande dans un marché saturé est également avancé par Coop qui se «refuse catégoriquement à entrer dans ce jeu», selon les termes d’un communiqué publié mardi.
Les deux grands distributeurs soulignent également les efforts entrepris en faveur de la viande helvétique, que se soit en diminuant les importations ou en lançant des actions promotionnelles.
Des initiatives décidées à la suite de discussions avec l’Union suisse des paysans qui désapprouve à demi mot les actions de blocage du syndicat Uniterre.
Les paysans contestataires considèrent, eux, que les marges des grands distributeurs sont suffisantes pour qu’ils acceptent la hausse demandée. Ce que contestent naturellement les grands distributeurs.
Transition difficile
Soulignant les difficultés à connaître les marges réelles des différents acteurs de la crise, Luzius Wasescha, délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux estime que cette épreuve de force est emblématique d’une agriculture nouvellement orientée vers le marché.
«Quant vous passez d’un système administré à un système de marché, vous avez des périodes d’adaptation extrêmement difficiles pour les acteurs», souligne Luzius Wasescha.
«Quant les producteurs ont réussi à se spécialiser et à offrir des produits autres que des aliments de base, ils s’en sortent mieux que ceux qui en restent à une production de masse», martèle ce vieux routier des négociations commerciales.
Dans l’immédiat, les agriculteurs suisses n’ont en revanche pas à craindre des négociations qui pourraient être lancées lors du sommet de l’OMC à Doha.
Luzius Wasescha relève néanmoins que certains pays membres de l’Union européenne seraient très intéressés par une ouverture accrue du marché suisse en matière de produits agricoles.
Frédéric Burnand
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