Les pilotes de Swissair refusent de payer les pots cassés
Les restructurations annoncées par Mario Corti et la fusion prochaine avec Crossair inquiètent les pilotes de Swissair. Ils se disent ouverts au dialogue. Mais pas question, pour l'instant, de parler de réductions de salaires, affirme Markus Jöhl, président du syndicat des pilotes «Aeropers.
«Les salaires des pilotes ne représentent que 2,5% des 12,2 milliards de francs de dépenses du groupe», précise Markus Jöhl. Selon lui, cet élément n’est pas déterminant pour la survie du groupe.
Les 1250 pilotes de Swissair gagnent nettement plus que leurs collègues de Crossair, ce qui les expose à certaines critiques. Un débutant chez Swissair gagne 80 000 francs brut par an (primes non comprises), contre 56 000 francs brut chez Crossair (chiffres au 30 juin).
Après 15 ans, un commandant de bord sera rémunéré quelque 200 000 francs chez Swissair, alors que le plafond se monte à 135 000 francs après 20 ans de services chez Crossair.
Comparaison n’est pas raison
Mais Aeropers estime qu’il est faux de comparer les deux compagnies. Si des parallèles doivent être tirés, cela ne peut se faire qu’avec de grandes compagnies comme British Airways, KLM ou Lufthansa.
«Et là, nos salaires soutiennent parfaitement la comparaison», souligne M. Jöhl. «Ils sont dans la moyenne européenne.» En termes de productivité, les pilotes de Swissair estiment même être supérieurs à leurs concurrents.
Aeropers se dit ouvert au dialogue, mais sans préciser quelles concessions éventuelles il pourrait faire. Il refuse pour l’instant de remettre en question la convention collective de travail (CCT) signée en mars avec le patron du groupe Mario Corti.
Entré en vigueur début juillet, l’accord prévoit une réduction des salaires des pilotes de 5% durant deux ans. En échange de quoi, les pilotes ont obtenu que la CCT soit prolongée jusqu’en 2005. «Nous revendiquons les mêmes droits que les employés du groupe à l’étranger», souligne M. Jöhl, faisant allusion aux revendications pour le respect des CCT chez Sabena et en France.
«300 emplois en moins»
La réduction annoncée lundi de 25% des capacités long-courriers du groupe entraînera la disparition de 300 emplois parmi le personnel de cockpit, estime Aeropers. Ce chiffre n’est pas confirmé par la direction du groupe.
Un tel redimensionnement aura immanquablement des conséquences sur les moyen et court-courriers, estiment les pilotes. A terme, cela risque d’entraîner la chute de l’aéroport de Zurich en «ligue régionale».
Crainte de licenciements
Selon Aeropers, une cure d’amaigrissement de cette ampleur ne pourra pas se faire uniquement grâce aux départs naturels. Le taux de fluctuation annuel chez les pilotes ne dépasse en effet pas 1%. Le syndicat craint des licenciements, et estime que les suppressions toucheront surtout les pilotes d’un âge avancé.
Le syndicat des pilotes de Crossair relève de son côté que la principale question qui se pose n’est pas la question des salaires, mais celle du sauvetage du groupe. Selon le porte-parole Heinz Marti, il ne sera pas possible de maintenir une inégalité au sein des activités aériennes. «Ce serait très mal perçu», a-t-il dit.
Selon lui, le nouveau chef des activités aériennes du groupe André Dosé leur aurait laissé entendre mardi qu’il n’y aurait pas de suppressions d’emplois chez les pilotes de Crossair.
swissinfo avec les agences
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