Liaisons dangereuses pour le Crédit Agricole Indosuez en Suisse
Avec 630 collaborateurs et 25 milliards de francs suisses d'actifs, le Crédit Agricole Indosuez de Suisse, rebaptisé Banque CAI, compte parmi les établissements financiers étrangers les plus dynamiques. Mais son nom est souvent lié aux «affaires», comme celle des fonds Abacha.
Il y a quelques semaines, le Crédit Agricole de Suisse passait une petite annonce pour rechercher un «spécialiste des trusts». Comprenez un gestionnaire de «véhicules offshores, de trust et fondations». Une annonce qui ne correspond guère à l’image véhiculée par cet établissement en France: une banque issue du monde agricole, pour les bons pères de famille.
Dans la Confédération, en revanche, la Banque CAI lorgne sur une toute autre clientèle: le marché des capitaux, le négoce, la gestion de fortune. Elle vient, d’ailleurs, de reprendre la filiale suisse de la Canadian Imperial Bank of Commerce (CICB), un établissement particulièrement apprécié des chefs d’Etat africains.
Mais attirer les millionnaires comporte plus de risques que de gérer les économies des salariés. Déjà cité dans les affaires russes et du Kazakhstan, le Crédit Agricole s’est aussi fait taper sur les doigts par la Commission fédérale des banques pour sa gestion des fonds frauduleusement acquis par Sani Abacha, l’ancien dictateur du Nigeria.
570 millions de dollars ont transité par la Suisse
D’autres banques ont également été mises en cause, comme le Credit Suisse ou l’UBP. Au total 570 millions de dollars, soit près d’un milliard de francs, ont transité par la Suisse. A présent, c’est au tour de la justice suisse de s’intéresser aux intermédiaires financiers. Les organes et les employés d’intermédiaires financiers se rendent coupables de blanchiment «s’ils acceptent de transférer des valeurs dont ils savent qu’ils proviennent d’un crime».
Or, le Crédit Agricole a eu trois relations d’affaires avec la famille Abacha, pour un montant de 232 millions de francs. Elle a notamment ouvert à Zurich un compte baptisé «Morris», appartenant à Ibrahim Sani et Abba Sani, les deux fils de Sani Abacha. Ces derniers y ont déposé 20 millions de dollars «à une époque où ils n’avaient même pas trente ans».
Le dossier a déjà provoqué des dégâts. C.R.-D, directeur général adjoint, a quitté la Suisse pour une succursale du Crédit Agricole en Asie. Par ailleurs, un gestionnaire de la banque française, J.J.B., s’occupant des comptes au Nigeria et au Kazakhstan, a été invité à démissionner «parce qu’il s’était fait rétribuer à l’insu de la banque».
Ian Hamel
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