Libéralisation ratée aux Etats-Unis
Les Etats-Unis ont précédé la Suisse dans la libéralisation du marché de l'électricité. Mais l'expérience s'est révélée amère, surtout en Californie.
Des voix se font donc entendre pour réguler à nouveau ce secteur vital de l’économie.
En 1992 le Congrès américain a supprimé les monopoles régionaux que détenait une poignée de consortiums. Dix ans après, 24 Etats ont ouvert leur marché à la concurrence, du New Hampshire à l’Arizona.
Une détérioration du service
Confiants dans la loi de l’offre et de la demande, les tenants de la déréglementation avaient prédit une baisse des prix et l’amélioration du service aux abonnés. Aucun de ces deux phénomènes ne s’est produit.
Certes, il y a des succès ici ou là. Les habitants de Washington ont ainsi appris que leur facture d’électricité diminuera de 3% dans les prochains mois.
Mais, dans l’ensemble, la dérégulation s’est traduite par l’inflation des tarifs et la détérioration du service, comme le montre une étude publiée dans «Consumer Reports».
Une mauvaise expérience
La crise qu’a connue la Californie il y a quelques mois a souligné les dangers de la déréglementation dans un secteur aussi sensible.
L’entente de certains producteurs et distributeurs pour limiter l’offre a provoqué une envolée des tarifs et des pannes d’électricité prolongées à San Francisco ou dans la Silicon Valley, paralysant l’économie de la côte ouest.
Au plus fort de la crise, le prix d’un mégawatt/heure s’élevait à 300 dollars. Soit dix fois plus cher que le cours pratiqué les années précédentes.
L’intervention de la FERC
En juin 2001, la Commission Réglementaire Fédérale de l’Energie (FERC) intervenait enfin pour fixer un plafond. Ce qui a ramené les prix à leur cours normal.
Dans l’intervalle, les compagnies qui s’étaient ruées en Californie au moment de la dérégulation avaient fait d’énormes profits.
A commencer par Enron. Selon un rapport préliminaire de la FERC, le courtier en énergie – désormais en faillite – a récolté au moins 1,9 milliard de dollars en Californie «par le jeu de tromperies et de manipulations des prix».
Des autorités fédérales fermes
Néanmoins, l’Administration Bush ne fléchit pas dans son credo. «Nous allons de l’avant avec des marchés de l’électricité ouverts et compétitifs», lance Spencer Abraham, le ministre de l’Energie.
Et d’ajouter: «Les nostalgiques de la régulation oublient les abus du passé, que ce soit les grands travaux qui n’avaient rien à voir avec les besoins des usagers, les budgets gonflés et l’inertie générale».
De leur côté, les consommateurs réclament une nouvelle réglementation. Notamment au Texas où le mécontentement est grand après la dérégulation lancée du temps du gouverneur George Bush.
«Ce n’est pas que la dérégulation ne marche pas, écrit le journal ‘Texas Observer’, c’est qu’elle marche pour les mauvaises personnes.»
swissinfo/Marie-Christine Bonzom à Washington
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