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Mutation dans le monde de l’analyse financière

La banque Pictet innove. Keystone

Les analystes financiers rattachés aux banques devraient être réellement indépendants. De plus en plus, experts et investisseurs l'exigent.

En Suisse, la Banque Pictet a fait un premier pas, en créant une structure séparée d’analyse et de courtage.

Les analystes financiers qui travaillent au service d’une banque ne peuvent pas porter un jugement réellement indépendant sur l’état de santé d’une entreprise.

Le nombre de plus en plus élevé de plaintes contre les divisions d’analyse financière des banques traduit une nécessité d’agir rapidement.

Dans les milieux concernés, on se demande carrément si un travail d’analyse indépendant à l’intérieur même d’une banque est simplement possible.

Première suisse à Genève

Cette semaine, une banque privée genevoise est la première en Suisse à annoncer une mesure concrète pour répondre à cette exigence de transparence.

Pictet & Cie vient en effet de constituer une nouvelle entité indépendante. Elle regroupera les membres de l’actuelle équipe chargée de l’analyse et du conseil en courtage pour les actions suisses et étrangères. Soit 55 personnes, qui travaillent aujourd’hui entre Genève, Zurich, Londres et Montréal.

Son nom n’a pas encore été communiqué, mais il est certain qu’elle ne s’appellera pas Pictet.

Eviter les conflits d’intérêt

Comme l’annonce la banque jeudi, les secteurs d’activité concernés sont déjà séparés dans les faits. En choisissant de créer une nouvelle société, Pictet entend «éviter tout risque de conflits d’intérêts.»

Et pour bien marquer l’indépendance de la nouvelle société – qui devrait être opérationnelle au milieu de l’année prochaine -, on installera celle-ci dans de nouveaux locaux.

Une muraille pas vraiment imperméable

En érigeant ce type de muraille, on garantit en principe une séparation totale entre les secteurs d’activité.

Mais les scandales qui éclatent régulièrement à propos des recommandations des analystes financiers traduisent une autre réalité.

Ainsi, la plainte collective des actionnaires américains d’AOL contre le Credit Suisse Group montre que les murailles ne sont pas toujours aussi imperméables que l’on veut bien le dire.

Avant la débâcle de Swissair

A l’origine de cette affaire, un rapport plutôt positif, rédigé par un analyste, et qui ne reflétait pas l’opinion effective de la banque.

Pourtant, on mesure en général le manque d’indépendance des analystes à la difficulté qu’ils ont à conseiller à leurs clients de vendre leurs actions.

Il y a deux ans, cette tendance a valu au Credit Suisse Group de faire les gros titres de la presse. A l’époque, l’analyste Christopher Chandiramani avait été licencié simplement pour avoir fait publiquement état de certains doutes sur la santé de… Swissair.

Question de financement

En principe, le travail des analystes est financé par le secteur investissement des banques. Les clients qui confient des affaires lucratives à la banque en attendent de bons conseils en contrepartie. Et finalement, ce sont les commissions sur les affaires réalisées qui financent la division analyse.

Pour rendre les analystes vraiment indépendants, il est donc nécessaire de ne plus faire dépendre leurs rémunérations des performances du secteur investissements.

Quant aux conflits d’intérêts, ils ne doivent plus être un sujet tabou et devraient être franchement posés sur la table à chaque fois qu’ils surviennent.

Premières réactions

En Suisse, le débat sur ces questions semble encore bien timide. Pourtant, certaines affaires récentes ont clairement mis en évidence l’existence de conflits d’intérêts à l’intérieur des banques.

Plusieurs d’entre elles ont déjà pris des mesures, notamment sur le mode de rémunération des analystes.

Ainsi, depuis l’année dernière, les analystes du Credit Suisse et d’UBS Warburg n’ont plus le droit d’acheter des actions des sociétés dont ils s’occupent.

Standards minimaux

«Nous sommes pour une séparation claire entre les secteurs analyse financière et investissement, mais sans aller jusqu’à une séparation en deux entités juridiques distinctes», déclare Thomas Sutter, porte-parole de l’Association suisse des banquiers (ASB).

L’ASB planche actuellement sur une série de recommandations, qui devraient être soumises à son conseil d’administration à la fin de l’année.

«Ces recommandations définissent les standards minimaux», explique Thomas Sutter. On y trouvera notamment des normes sur l’organisation interne des banques, la rémunération et le comportement des analystes.

Une fois de plus donc, la place financière suisse veut se réglementer elle-même. Les mesures prises par Pictet & Cie vont pourtant bien au-delà des standards minimaux dont elle veut se doter.

Il n’est malgré tout pas exclu que d’autres banques suivent l’exemple venu de Genève.

swissinfo/Elvira Wiegers

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