Pour une juste exploitation du patrimoine vivant
Les Suisses veulent appliquer les accords internationaux sur l'exploitation durable du patrimoine vivant.
Pour que les pays d’où proviennent les plantes utilisées par les chercheurs, les agriculteurs et les industriels touchent une juste compensation.
Un exemple parmi d’autres: un industriel qui produit un médicament à partir d’une plante disons exotique devrait d’une manière ou d’une autre indemniser le pays d’origine.
C’est l’une des ambitions de la Convention sur la biodiversité biologique: trouver un équilibre entre les revendications du Sud qui possède la majorité des ressources génétiques de la planète et celles du Nord qui dispose des biotechnologies de pointe.
Mais comment concrétiser au niveau national ce «partage juste et équitable des avantages» dont il est question dans le traité élaboré par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme dans d’autres directives internationales adoptées cette année à Bonn?
Pour une agriculture multifonctionnelle
L’administration fédérale est en tout cas bien décidée à mettre l’ouvrage sur le métier. Jeudi à Berne, elle a réuni des spécialistes de tous les milieux concernés: agriculture et industrie, recherche et coopération au développement. L’appui est unanime. Non sans nuances.
L’Union suisse des paysans rappelle que les ressources phytogénétiques sont à la base de toute production naturelle de denrées alimentaires. Les protéger durablement est donc un impératif qui va de soi.
Mais cela ne doit pas se faire n’importe comment: il faut absolument encourager partout des systèmes d’exploitation agricole diversifiés. Ce que les agriculteurs suisses vivent déjà, à leur façon, quand ils reçoivent des paiements directs pour leurs prestations écologiques.
Les chercheurs sont d’avis que leur travail a besoin d’un cadre éthique et d’un code de conduite définissant leurs responsabilités personnelles. Encore faudrait-il qu’ils soient mieux informés des principes et des règlements.
Savoirs indigènes et brevets industriels
Les milieux pharmaceutiques, souvent pris à partie dans ce dossier, se défendent de jouer les pirates. Mais, à leurs yeux, une véritable protection de la propriété intellectuelle – le système de brevets – constitue une condition préalable à tout partage des avantages.
Selon Thomas Cueni, secrétaire général de l’association faîtière Interpharma, les savoirs traditionnels ne peuvent pas être protégés du fait qu’ils n’offrent aucune nouveauté. Mais ces connaissances-là doivent tout de même être défendues, «elles sont précieuses pour le progrès».
François Meienberg, de l’association de la Déclaration de Berne qui milite pour un développement équitable, se réjouit bien sûr des traités internationaux en la matière mais constate que la biodiversité ne cesse de régresser et qu’il reste beaucoup à faire, y compris en Suisse.
Répondant indirectement aux industriels, il déplore clairement que les avantages des propriétaires de brevets sont toujours bien défendus «sans que les intérêts des agriculteurs, des consommateurs et des pays pauvres soient mis en balance».
On l’aura compris. Si la Suisse veut adopter les normes internationales en matière de protection des ressources génétiques, elle ne peut se passer d’une vraie concertation à tous niveaux. La journée de jeudi n’était qu’un premier pas sur un chemin qui s’annonce quelque peu tortueux.
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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