La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Recherche coupables désespérément

Les Suisses sont derrière le patron de Swissair et contre les banques. Keystone

Le débat sur les responsabilités de la gabegie Swissair de ces derniers jours est lancé. Les grandes banques - UBS et Credit Suisse Group - et le Conseil fédéral se retrouvent , côte à côte, sur le banc des accusés.

La colère n’en finit pas de gronder contre les deux grandes banques suisses. L’UBS et le Credit Suisse Group (CSG) sont accusés de n’avoir pas mis à disposition les fonds nécessaires à la survie de Swissair après l’annonce d’un plan de démantèlement du groupe.

Jeudi à Berne, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer «l’arrogance» des banques. Et la veille, une dizaine de milliers de manifestants s’étaient réunis près de l’aéroport de Zurich pour vouer l’UBS et le CSG aux gémonies.

Il faut dire que la direction de Swissair et le Conseil fédéral ont contribué à désigner les coupables. Dès mardi, Mario Corti a expliqué qu’il s’était démené une bonne partie de la journée pour recevoir les fonds nécessaires, mais en vain.

Quant à Kaspar Villiger et Moritz Leuenberger, ils ont très sévèrement critiqué les banques, notamment pour n’avoir pas daigné répondre à une proposition d’aide gouvernementale.

Une catastrophe prévue?

Des reproches que rejettent les banquiers. Avec les quelque 260 millions de francs versés mardi soir pour le rachat de Crossair, Swissair avait assez d’argent pour tenir quelques jours, voire jusqu’à samedi, expliquait jeudi Marcel Ospel dans le Tages-Anzeiger.

Pour autant, le patron de l’UBS admet que le scénario d’un effondrement de Swissair était prévisible: «dimanche déjà, on savait qu’une partie ou que tout devrait être arrêté.»

Ce n’était pas notre tâche de le dire, mais celle de Swissair, ajoute Marcel Ospel. Et de confirmer également que pour l’UBS «il n’était pas question de donner sans contrôle de l’argent à Swissair pour lui permettre de continuer à fonctionner.» Lundi, à la dernière minute, les autorités fédérales ont fait une proposition de financement conjoint, mais le patron de l’UBS s’y est refusé.

Pas de bons samaritains

Cynisme, arrogance? Jean-Christian Lambelet vient au secours des banques. «Elles ne fabriquent pas gratuitement de l’argent, rappelle ce professeur d’économie à l’université de Lausanne. Elles placent nos fonds dans un but de rentabilité. On ne peut pas attendre des banques qu’elles soient une sorte de bon samaritain qui vole au secours de tout secteur économique qui ne marche pas.»

Avoir su, avoir vu venir la catastrophe, mais n’avoir rien fait. Voilà pourtant le reproche que fait l’économiste Jean-Pierre Ghelfi. «Lorsqu’une entreprise va mal, explique le vice-président de la Commission fédérale des banques, le rôle d’un banquier c’est de faire en sorte que d’autres stratégies soient suivies, pour éviter que l’argent soit perdu en totalité.»

Le Conseil fédéral critiqué

Mais l’UBS et le Credit Suisse Group (CSG) ne sont pas seules à se retrouver aujourd’hui en première ligne. Le Conseil fédéral a semblé beaucoup hésiter, pour intervenir finalement trop tard, une fois le mal fait.

«Je ne comprends pas que la Confédération n’ait eu longtemps qu’une seule préoccupation», lance Jean-Pierre Ghelfi. Et de préciser: «elle voulait que ça lui coûte le moins cher possible et surtout qu’elle n’ait pas à s’occuper du sort de Swissair.»

Pour lui, le dogme libéral, qui veut que l’Etat ne se mêle pas du secteur privé, a joué un rôle. «Mais, poursuit Jean-Pierre Ghelfi, Swissair n’est pas une entreprise comme les autres. Elle a, par la loi, un statut de quasi-monopole public, elle porte l’emblème de la Confédération. Et là, l’attitude du Conseil fédéral a été très en-deçà des enjeux qui se présentaient.»

Pas adapté aux situations de crise

Plus sérieux encore: c’est le système gouvernemental, basé sur le consensus et la collégialité, qui pourrait être en cause. «La formule magique, où les principaux partis sont représentés, c’est une très bonne formule lorsque tout va plus ou moins bien, relève Jean-Christian Lambelet. Mais quand il y a une crise, il faut une réaction rapide. Avec un organe collégial, ça prend du temps, il faut coordonner les choses, tout le monde n’est pas d’accord.»

Le professeur lausannois rappelle que les même déficiences étaient apparues lors de la précédente grosse crise, celle des fonds en déshérence. Et il donne en comparaison la Belgique, un modèle où le Premier ministre donne le ton. «Le jour même où Sabena a été menacée, le gouvernement belge a réagi immédiatement en proposant un crédit transitoire.»

Pierre Gobet, Zurich

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision