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Swiss dans une mauvaise passe

La flotte de Swiss s’accroît avec un nouvel Embraer 170. Mais les problèmes de la compagnie restent. (Photo swiss.com) Martedì la compagnia presenta i nuovi velivoli Embraer 170. Ma problemi di gestione non sono risolti (foto: swiss.com)

Le conflit entre Swiss et les ex-pilotes de Crossair n'en finit pas. Ce bras de fer s'ajoute à d'autres difficultés. Et met en péril l'avenir de la compagnie.

La tension monte entre Swiss Pilots (SP) et la direction de la nouvelle compagnie aérienne helvétique.

En effet, mardi, les représentants du syndicat ne se sont pas présentés à la rencontre de conciliation. Ceux de la direction se sont donc retrouvés seuls autour de la table.

Cette table ronde avait été convoquée pour tenter de résoudre le conflit qui oppose Swiss aux pilotes de l’ancienne Crossair.

1000 pilotes discriminés

Selon le syndicat, la direction de Swiss ne peut – ou ne veut – pas entrer en matière sur la question de l’égalité de traitement entre tous les pilotes. Ceux de l’ex-Crossair et de la défunte Swissair.

Toujours selon le syndicat, la compagnie a l’intention de prendre le risque de discriminer les 1000 pilotes de l’ex-Crossair. Et ce fait est de plus en plus manifeste.

Des accusations qui font bondir le président de la direction de Swiss. Dans une interview à la télévision suisse alémanique (SF-DRS), André Dosé dit que le comportement des pilotes de l’ex-Crossair est «irresponsable».

De son côté, la Confédération – qui a engagé 2 milliards de francs de fonds publics dans la relance de la compagnie nationale – demande aux pilotes de l’ancienne Crossair de renoncer à des exigences «disproportionnées».

Des exigences, estime Daniel Eckmann, porte-parole du ministère des Finances, qui risquent de mettre en péril le succès de la nouvelle compagnie aérienne.

Pour sa part, le parti socialiste (PS) souligne la précarité de certains postes de travail. Une situation qui met aussi en péril la stabilité et la planification financière de Swiss.

La création d’une ‘task force’

Cela dit, Swiss doit faire face à d’autres difficultés encore. Un Saab 2000 de la compagnie a dû atterrir d’urgence à Berlin le 13 juillet. Personne n’a été blessé, mais l’appareil est inutilisable.

Et ce n’est pas tout. Au cours des dernières semaines, la compagnie a dû annuler 240 vols, et en retarder beaucoup d’autres, pour cause de pannes.

Pour tenter d’y voir plus clair, Swiss a d’ailleurs mis sur pied une ‘task force’ – composée de spécialistes et de représentants des constructeurs.

Elle devrait rendre son rapport et ses conclusions avant la fin de cette semaine déjà.

Des économies de carburant

Et Sepp Moser rajoute de l’huile sur le feu. Ce spécialiste de l’aéronautique affirme en substance que la compagnie remplit à moitié les réservoirs de ses avions.

Motif? Elle veut alléger ses appareils. Pour pouvoir, bien entendu, épargner du carburant. Une politique d’économie qui peut s’avérer risquée.

En effet, en cas de problèmes météorologiques, un appareil peut être détourné sur un autre aéroport. Encore faut-il qu’il ait suffisamment de carburant pour pouvoir le faire.

Enfin, Swiss doit rapidement faire face à un manque cruel de personnel de cabine. Il va falloir qu’elle recrute dans les six mois 200 employés supplémentaires pour pouvoir garantir le service à bord de ses appareils.

Des résultats meilleurs que prévu

Seule éclaircie dans un ciel plombé: les premiers résultats de la nouvelle compagnie semblent plutôt encourageants.

En effet, grâce à un nombre de passagers légèrement supérieur aux prévisions, le déficit de Swiss n’est que de 190 millions de francs pour les trois premiers mois de son exercice.

Autrement dit, il est moins important que ne le prévoyait le plan commercial. Mais, là également les spécialistes relativisent les chiffres avancés par Swiss.

«Une occupation des sièges de 66% est inférieure à la moyenne européenne, souligne Sepp Moser. Ce n’est donc pas si bien que cela.»

Et d’ajouter: «D’autant que les tarifs appliqués jusqu’à présent étaient particulièrement attractifs».

L’image de la compagnie

A l’évidence, chez Swiss, les problèmes ne manquent pas. C’est ennuyeux pour l’image de la compagnie. Et ça l’est d’autant plus que Swiss cherche à se positionner dans le haut de gamme.

La défunte Swissair et l’ex-Crossair se sont unies pour le meilleure et pour le pire. Malgré des cultures d’entreprises fort différentes, il va bien falloir qu’elles trouvent le moyen de vivre ensemble harmonieusement.

Ce n’est pas facile, rappelle Pierre Condom, directeur de la revue Interavia. Et de citer l’exemple de la fusion entre Panam National, aux Etats-Unis.

Les analystes sont partagés

Bref, Swiss – qui n’est toujours pas entrée dans une grande alliance – demeure très fragile.

Particulièrement pessimiste, Sepp Moser estime que la nouvelle compagnie aérienne est trop grande pour survivre dans sa forme actuelle.

D’autres analystes, eux, se veulent plus optimistes. C’est notamment le cas d’Hilary Cook.

L’analyste de la banque Barlays estime que le conflit avec les pilotes de l’ex-Crossair devrait être résolu. Et que les succès enregistrés par la nouvelle compagnie dénotent une réelle volonté de réussir.

Quant à Pierre Condom, il évoque le goût du compromis cultivé par les Helvètes. Un atout qui devrait, en fin de compte, leur permettre de trouver une solution acceptable pour tous.

swissinfo

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