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Swissair: un coup très dur à l’image touristique de la Suisse

"C'est un désastre, une situation proche de celles que l'on rencontre en cas de guerre ou de crise gravissime", affirme Dick Marty. Keystone Archive

Le chaos dans les aéroports et la gestion catastrophique de la crise Swissair ont donné un coup très dur à l'image de la Suisse à l'étranger. Pour le sénateur radical Dick Marty, président de Suisse Tourisme, il faudra des années pour réparer ce tort.

swissinfo – Comment évaluez-vous le désastre arrivé ces derniers jours? Quelles répercussions pourrait-il avoir sur l’image de la Suisse à l’étranger?

Dick Marty – Dans ce désastre, c’est une image extrêmement précieuse qui a été détruite. Une image que nous avions mis des générations à construire. La Suisse est un pays cher, mais le touriste qui vient chez nous est prêt à payer un prix plus élevé pour toute une série de raisons.

A ce tarif, nous n’offrons pas seulement des paysages superbes, mais aussi une qualité de services reconnus pour leur fiabilité, pour leur sérieux – je voudrais presque dire pour leur perfection.

La Suisse a traversé des événements que l’on ne rencontre, peut-être, que dans les pays en état de guerre ou de crise gravissime – l’écroulement de l’Empire soviétique, par exemple. Ce sera très difficile de corriger rapidement ce revers.

– Pouvez-vous nous donner un exemple concret?

D.M – Nous avons beaucoup investi en Asie et au Japon. Ce travail, qui a coûté cher et nécessité plusieurs années, a porté ses fruits. L’année dernière, le nombre de touristes japonais en Suisse a augmenté de 14%. Un chiffre record, alors même que le Japon est touché par une grave crise économique.

Mardi, à Tokyo, le siège de Swissair a dû fermer précipitamment, par crainte qu’il soit pris d’assaut par les créanciers. Les Japonais ne se sont pas demandés comment la société privée Swissair en était arrivée là, mais plutôt ce que faisait la Suisse. Ce qui est très grave.

– Quelles stratégies peut-on alors imaginer, sur le long terme, pour récupérer cette perte en terme d’image?

D.M.- Pour Suisse Tourisme, le dommage est encore plus grand, parce que nous avons toujours travaillé en étroite collaboration avec Swissair. Il y avait une excellente synergie entre leurs offices et les nôtres. Swissair a en outre beaucoup investi dans le marketing pour les destinations helvétiques. Dans ce domaine, nous sommes presque certains que la nouvelle compagnie ne pourra pas se substituer à l’ancienne.

Or, les destinations qui seront supprimées sont précisément celles sur lesquelles nous aurions dû investir le plus, parce que ce sont des régions où la concurrence est la plus forte. Nous allons perdre ces marchés, et ce sera très difficile de les reconquérir. Pour cela, nous avons l’intention de demander rapidement des moyens supplémentaires importants, afin de mobiliser du personnel et des moyens dans ces pays où nous ne pourrons plus compter sur Swissair.

– En tant que politicien, comment avez-vous vécu cette crise? Que pensez-vous de la façon dont elle a été gérée?

D.M. – Laissez-moi vous rappeler un événement arrivé il y a presque dix ans. Durant la campagne pour la votation sur l’Espace économique européen, il a été dit et redit qu’un refus de la Suisse aurait des répercussions gravissimes pour Swissair. Cette prévision s’est donc révélée exacte. Durant ces dix ans, la compagnie a été menée à la faillite actuelle par ce qui était considéré comme la crème de l’économie helvétique.

Je rappelle que la Confédération était totalement absente de Swissair. Et ce sont précisément ceux qui se sont toujours opposés à l’intervention étatique qui critiquent aujourd’hui l’Etat. Cela dit, il est vrai que, ces derniers jours, le monde politique a manqué de réaction et d’autorité.

Je pense que ce désastre doit aider à rétablir les contacts entre le monde politique et le monde économique. Trop de politiciens ne sont que des soldats qui obéissent aux ordres des centres économiques. Nous avons besoin de politiciens qui sachent penser avec leur propre tête.

Il faut aussi adapter la structure de notre gouvernement, qui date du 19ème siècle, aux exigences modernes. Afin que les autorités puissent répondre rapidement aux situations de crise. Une économie libérale a besoin d’un Etat fort et crédible.

– Selon vous, ce qui est arrivé pourrait-il remettre en cause la vague actuelle de libéralisations, qui, en Suisse, devrait toucher divers secteurs comme la poste, les chemins de fer ou le marché de l’électricité ?

D.M. – Certainement. Je ne dis pas que cette réaction est correcte, mais la conséquence de tout ce qui est arrivé est que les électeurs vont se prononcer contre n’importe quelle nouvelle forme de libéralisation. Ils n’ont plus confiance en de telles structures.

Interview réalisée par Mariano Masserini

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