UBS n’est pas au bout du tunnel, selon la presse
Le numéro un bancaire helvétique a beau avoir renoué avec les chiffres noirs au 4e trimestre 2009, il n’est pas sorti d’affaire, estiment les journaux suisses. Perte de confiance, bonus, affaiblissement du secret bancaire, les défis sont nombreux.
UBS, le sigle rouge de la grande banque s’affiche dans les pages économiques de tous les quotidiens helvétiques mercredi. Lesquels analysent son retour aux chiffres noirs au 4ème trimestre avec circonspection.
Mardi, l’établissement bancaire le plus touché au monde par la crise du crédit à risque américain a en effet indiqué qu’il avait renoué avec les bénéfices au 4e trimestre. Mais il a aussi annoncé une perte de 2,74 milliards de francs et des retraits à hauteur de 147 milliards pour 2009.
Des résultats qui ne rassurent pas vraiment les éditorialistes, même s’ils les saluent, à l’instar de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). «L’équipe d’Oswald Grübel a réussi à surmonter le défi le plus important: ramener la banque dans les chiffres noirs afin qu’elle puisse à nouveau être maîtresse de son destin», remarque le quotidien zurichois proche des milieux économiques.
Ailleurs, le ton est plutôt au scepticisme. «L’avenir d’UBS n’est pas aussi rose que le laissent supposer les chiffres publiés mardi», résume le Tages Anzeiger de Zurich. Le Temps estime quant à lui qu’il s’agit là d’«un essai encore à transformer». Pour le quotidien fribourgeois La Liberté, UBS «reste une grande malade aux soins intensifs. Le pronostic est réservé». Enfin, pour le Bund, «le chemin jusqu’au bout du tunnel est encore long».
Perte de confiance
Et le journal bernois d’énumérer tous les problèmes que rencontre actuellement UBS, au premier rang desquels la perte de confiance. Un constat unanimement partagé par les autres commentateurs.
«Il ne suffit pas de brandir la bannière ‘Confiance’ pour que cette dernière revienne», note à ce propos 24 heures, qui constate que «jamais les comptes annuels (si techniques pourtant) d’un établissement bancaire n’auront donné lieu à tant d’intérêt et d’analyses.»
Autre écueil, relevé par la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), le fait que la gestion de fortune, «atout de la place financière suisse», soit actuellement en pleine mutation. «Car les pays limitrophes sont déterminés à mettre fin au secret bancaire tel qu’il existait jusqu’ici», rappelle le journal zurichois.
«UBS, comme les banques privées, commence à sentir les effets d’un mal plus vaste, lié à la mort du secret bancaire protégeant l’évasion fiscale», renchérit 24 heures, aux yeux de qui le secret bancaire fait bel et bien partie du passé. «Face à la marche de l’histoire, il n’y aura, bientôt, malheureusement même plus à choisir», prédit le quotidien de Lausanne.
Bonus controversés
D’ici là, la question des bonus continue de faire couler de l’encre, dans la presse alémanique surtout. Mardi, UBS a en effet indiqué avoir provisionné 3 milliards de francs à cet effet, en précisant que le paiement s’effectuait à long terme et qu’il n’était par conséquent pas possible d’en déduire que l’entier de cette somme avait effectivement été versée.
Un «jeu de cache-cache ridicule et qui n’a pas de sens», assène le Blick. Le quotidien de boulevard rappelle en effet que ces chiffres devront apparaître dans le rapport annuel, qui sera rendu public dans cinq semaines. «L’agitation reprendra de plus belle. Et UBS pourra à nouveau déplorer le bruit autour des bonus», dénonce le commentateur.
Pour sa part, le Tages Anzeiger s’intéresse au sort des actionnaires d’UBS. «Avec des augmentations salariales de 30% par personne et des bonus de plusieurs centaines de millions de francs, on a plutôt l’impression que quelques banquiers new-yorkais déjà millionnaires vont encore empocher de coquettes sommes avant que les actionnaires suisses revoient la couleur de leur argent», souligne le journal zurichois.
Adieu Wall Street
Et c’est bien aux Etats-Unis, où UBS a récolté la tempête, que le géant bancaire doit redéfinir ses priorités. Ceci dans un contexte qui n’a lui guère évolué. «Aux Etats-Unis, ses gestionnaires de fortune partent car ils voient leur bonus fondre, emmenant avec eux leurs richissimes clients», rappelle le Bund.
Empêtrée dans ses problèmes juridiques, face à un Etat américain prêt à tout pour récupérer ses billes, UBS a donc «encore besoin d’un soutien politique», justifie Le Temps. «La conclusion du dossier fiscal avec les Etats-Unis, qui potentiellement peuvent encore mettre la banque à terre, apparaît comme décisive pour transformer l’essai d’Ossie [Oswald Grübel, ndlr.], c’est-à-dire rassurer les clients de la banque. Or Washington attend de Berne qu’elle honore l’accord signé l’an passé avec elle.»
Même si «UBS ne sera jamais la reine de Wall Street», comme le souligne La Liberté, la banque doit maintenant continuer à se repenser. Pour ce faire, le journal fribourgeois opterait pour «un redimensionnement lui permettant de consolider son fonds de commerce, la gestion de fortune.» Quant à la NZZ, sa recette tient en une formule: «L’UBS n’a plus qu’une chose à faire: présenter, au prochain trimestre également, des chiffres susceptibles de restaurer la confiance.»
Carole Wälti, swissinfo.ch
Exposition. UBS a été l’une des banques les plus touchées au monde par la crise financière qui a débuté en 2008. Elle était particulièrement exposée aux crédits à risques sur le marché américain.
Pertes. L’année 2008 s’est soldée par un déficit historique de presque 20 milliards de francs. En 2007, UBS enregistrait une perte de «seulement» 5,2 milliards de francs.
Sorties. Au cours des trois derniers mois de 2009, le numéro un bancaire helvétique a subi des sorties nettes de capitaux de 56,2 milliards de francs, contre 36,7 milliards au trimestre précédent.
Sauvetage. La Confédération suisse a volé au secours d’UBS. Elle a injecté 6 milliards de capital dans la banque (emprunt convertible) et chargé la Banque nationale (BNS) de créer une structure pour reprendre les «fonds toxiques» d’UBS.
UBS est la principale banque suisse. Elle est active à l’échelle mondiale.
Sièges: Zurich et Bâle.
Employés: plus de 65’000.
Résultat 2009: –2,74 milliards de francs.
Résultat 2008 (crise des subprime): –21,29 milliards de francs.
Résultat 2006 (dernière année dans le noir): 11,53 milliards de francs.
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