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Une grosse vague de colère

Les couleurs de Swissair étaient très présentes dans la foule des manifestants. Keystone

Après une première journée d'actions à Zurich, Berne et Genève, les syndicats appellent à une manifestation nationale jeudi dans la capitale fédérale. Pour eux, l'accord passé entre les banques et le gouvernement ne change rien au fond du problème. Ils veulent que le Conseil fédéral reprenne le dossier Swissair pour revenir au plan prévu par Mario Corti.

Pour leur manifestation nationale, les milieux syndicaux tentent de mobiliser un maximum de gens, afin de capitaliser la colère et l’indignation suscitées dans toute la Suisse par le crash de Swissair. Le rendez-vous est fixé à 14 heures sur la Place fédérale, devant le siège de l’UBS.

Rémy Pagani, du Syndicat des services publics (SSP) Trafic aérien, précise que des trains spéciaux permettront de rallier Berne depuis Genève et Zurich. En fin de journée, les manifestants sont appelés à rallier Genève pour défiler devant les sièges locaux des deux banques accusées de tous les maux, à savoir l’UBS et le Crédit Suisse.

L’appel des syndicats va bien au-delà des seuls employés du groupe Swissair, comme en témoigne le soutien apporté par l’Union Syndicale Suisse (USS). Au chiffre de 2560 emplois perdus avancé par Swissair, les syndicats opposent celui de 7000 à 10 000 suppressions de postes prévisibles.

Faire pression sur le gouvernement et les banques

Rémy Pagani espère que la population se joindra à la manifestation. Pour ce faire, son syndicat a arrosé Genève de tracts et contacté l’ensemble des syndicats de la place.

Le but de cette mobilisation d’envergure est de faire pression sur les banques et le gouvernement. Pour que l’on revienne au plan présenté la semaine dernière par Mario Corti, président du groupe Swissair.

Ce plan prévoyait la fusion des compagnies Swissair et Crossair sous le label de Swiss Air Lines, avec une période transitoire, moins chaotique que celle actuellement en cours. Cette restructuration prévoyait une réduction de 25 % de la capacité long-courriers et la suppression d’au moins 4250 postes, Gate Gourmet inclus.

«Il faut également que le Conseil Fédéral mette le holà à la main-mise des banques», ajoute Remy Pagani. Selon lui, les syndicats envisagent de paralyser l’activité des aéroports de Zurich, de Genève et de Bâle, s’ils ne sont pas pleinement entendus.

Mobilisation sans précédent

Mercredi déjà, les syndicats ont pu faire le compte de leurs partisans. Au moins 4000 personnes ont manifesté en début d’après-midi devant le siège de Swissair au Balsberg, non loin de l’aéroport de Zurich-Kloten, avant de se retrouver plus de 10 000 devant le siège de l’UBS à Glattbrugg.

Dans la foule, les pilotes et le personnel de cabine portaient leur uniforme, alors que beaucoup d’autres manifestants arboraient des T-shirts et des casquettes au logo de Swissair.

Sur les pancartes et les banderoles, on pouvait lire des slogans surtout hostiles aux banques, mais également au monde politique: «UBS – United Bandits of Switzerland», «UBS + CS = mafia», ou encore «Messieurs les conseillers fédéraux, nous voulons des actes, pas des paroles».

Marcel Ospel hué

Les manifestants n’ont pas épargné Marcel Ospel, le patron de l’UBS. En revanche, on ne sentait pas d’hostilité à l’égard de Mario Corti, dont le nom a été à plusieurs reprises scandé par la foule.

Les représentants des syndicats ont posé plusieurs exigences. Ils demandent 2 milliards de francs aux banques pour la mise en place d’un plan social et exigent que les responsables de la débâcle rendent des comptes devant la justice.

D’autres manifestations, nettement moins importantes, ont également eu lieu sur les sites des aéroports de Zurich et de Genève, ainsi que devant le siège de l’UBS à Berne.

Les passagers entre compréhension et révolte

Les quelque 4000 passagers restés en rade mercredi à l’aéroport de Zurich étaient, quant à eux, partagés entre colère et solidarité envers les employés de Swissair, probablement aussi dépités qu’eux à l’idée de perdre leur emploi.

«Les gens sont très gentils, souligne Evelyne Meier, chargée par Swissport d’encadrer les voyageurs. Ils nous encouragent alors même qu’ils ne savent pas quand ils pourront rentrer chez eux et beaucoup nous ont même offert de petits cadeaux».

Mais les réactions de colère sont également nombreuses. Ainsi cette mère de famille australienne, qui se plaint d’avoir dû dormir avec son mari et ses trois enfants dans des installations militaires et qui s’est réveillée à cinq heures du matin, sans rien à manger, sans argent et sans la moindre idée de quand elle pourrait repartir.

Une autre passagère, elle, a dû se résoudre à acheter son billet de retour pour New Delhi chez Japan Airlines. Alors qu’une famille de Chicago se lamente et ne comprend pas pourquoi on l’a complètement oubliée. Ces Américains jurent qu’ils ne remettront plus les pieds en Suisse.

Les Suisses à la rescousse

Le malaise est également perceptible chez certains Zurichois, venus spontanément offrir leur aide aux passagers en détresse. «Je suis ici parce que j’ai honte, raconte l’un d’eux. Nous avions l’impression qu’en Suisse, tout fonctionne bien, et ce n’est hélas qu’une illusion».

Autre geste de solidarité, les hôteliers de la ville et du canton de Zurich ont mis gratuitement des chambres à la disposition des passagers bloqués. Complètement désargentée, Swissair non seulement ne rembourse pas ses billets, mais en plus n’offre aucune solution d’hébergement.

«Je change de banque»

Et, ici encore, c’est contre les banques que se manifeste la plus grande colère. Mercredi à Zurich-Kloten, on a pu entendre nombre de personnes promettre de fermer leur compte au Credit Suisse Group (CSG) ou à l’UBS. Deux employés de cette dernière ont même annoncé avoir donné leur congé.

Au siège de l’UBS, on confirme avoir enregistré «des réactions spontanées» de clients irrités du chaos qui règne chez Swissair. L’ampleur du mouvement reste cependant difficile à estimer. Quant au CSG, il se refuse simplement à tout commentaire sur le sujet.

D’autres banques se montrent, en revanche, plus loquaces. Tant à la banque Migros qu’à la banque Coop ou à la Banque cantonale de Berne, on indiquait mercredi des demandes d’ouverture de nouveaux comptes par des clients qui ont choisi de quitter l’une des deux «grandes». Mais, là non plus, on n’est pas en mesure de fournir de chiffres précis.

Frédéric Burnand et Marc-André Miserez

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