Bisbille entre le PDC et les évêques
La tête du Parti démocrate-chrétien rencontre début mars une délégation des évêques suisses. La relation entre le parti et l'Eglise est au centre du débat.
Les deux protagonistes refusent de parler de crise, mais leur lien historique s’effiloche.
Le lieu et le moment exacts de ce «face à face» restent secrets, «pour éviter la pression médiatique», explique le porte-parole de la Conférence des évêques suisses (CES), Mario Galgano. La discussion ne débouchera pas forcément sur une information publique, ajoute pour sa part la nouvelle porte-parole du Parti démocrate-chrétien (PDC / centre droit) Marianne Binder.
Rappelons que l’ancienne porte-parole avait démissionné début décembre après avoir traité le pape d’imbécile devant des journalistes, ce qui avait évidemment jeté un froid. Le vice-président du PDC suisse Dominique de Buman en avait profité pour proposer une réunion pour «clarifier les règles du jeu».
Pommes de discorde
Après la dépénalisation de l’avortement, le partenariat enregistré des personnes de même sexe et l’extension du travail du dimanche, une nouvelle pomme de discorde empoisonne en effet les relations entre le parti et l’Eglise catholique: la révision du droit d’asile et des étrangers.
Le PDC la soutient, alors que la récolte des signatures pour le double référendum bat son plein avec l’aide des milieux catholiques progressistes. Ce militantisme agace la présidente du PDC Doris Leuthard, tandis que la position démocrate-chrétienne intransigeante irrite les évêques.
Pour le spécialiste en géographie humaine de l’Université de Zurich Michael Hermann, le PDC a commis une faute en soutenant la ligne dure dans ce dossier. «Les élus PDC des régions rurales ont eu peur d’accentuer l’érosion de leur électorat en laissant le champ libre à l’UDC», explique le co-auteur d’une étude sur l’influence des partis sur les votes au Parlement.
Grand écart
Le PDC ne renie pas ses racines catholiques, mais il n’est plus un parti confessionnel, analyse l’ancien maire de Fribourg, Dominique de Buman. «Il veut s’ouvrir sans perdre sa substance».
Pour Marianne Binder, le parti continue de s’inspirer des valeurs chrétiennes, mais il les interprète au-delà du dogmatisme romain. Comme du reste la plupart des catholiques en Suisse.
Le PDC ne veut pas divorcer de l’Eglise, pas plus que celle-ci ne souhaite une rupture, estime le chercheur zurichois. Les démocrates-chrétiens tentent plutôt de se profiler comme un parti capable de répondre aux nouveaux besoins spirituels «dans la froideur du capitalisme moderne».
Religion et politique
Les évêques se retrouvent du côté de la gauche pour les sujets sociaux et des conservateurs pour les thèmes de société. L’Eglise a ainsi fait campagne dans un comité œcuménique aux côtés des Verts, du Parti socialiste et des syndicats pour sauvegarder le repos dominical.
Mais ses positions éthiques la rapprochent également des conservateurs: elle dit non à la fécondation in vitro, au diagnostic préimplantatoire, au régime des délais, à la recherche sur les cellules souches embryonnaires ou encore à l’euthanasie active.
Mais quel regard les partis portent-ils sur cette relation entre religion et politique? Bien que proches des Eglises sur la question de l’entraide, les Verts jugent déplacé le qualificatif de «chrétien» apposé à un parti. Par ailleurs, leur porte-parole Huber Zurkinden doute de la réelle influence des Eglises dans les votations. Au service des plus faibles, selon leur tradition, il estime néanmoins qu’elles devraient présenter plus de convergences avec la gauche qu’avec la droite.
Le Parti socialiste comprend qu’il y ait de l’eau dans le gaz entre les évêques et le PDC à propos de l’asile, indique son porte-parole Peter Lauener. Pour lui, la séparation entre Eglise et Etat ne doit pas empêcher les communautés religieuses de prendre position sur les dossiers qui concernent leur foi.
Gregor Rutz, secrétaire général de l’UDC, cite Benoît XVI pour dire que l’Eglise ne peut pas prendre en main la bataille politique. Les Eglises ont pour tâche de transmettre les valeurs fondamentales, mais l’application de ces dernières est une affaire privée et dépend de la responsabilité individuelle.
Enfin, le Parti radical-démocratique (PRD / droite) ne veut pas entrer dans ce débat. Il ajoute que c’est aux électeurs de décider si le «C» du PDC est approprié, a indiqué le porte-parole du parti Christian Weber.
swissinfo et Marie-José Portmann, ATS
– L’instauration de l’Etat fédéral, en 1848, laisse d’abord les catholiques en marge. Au plan politique, ils représentent pendant plusieurs année la principale opposition au mouvement libéral.
– Mais les catholiques se rapprochent progressivement du mouvement libéral à la fin du 19ème siècle, notamment à cause de la montée du socialisme. Ils entrent au gouvernement en 1891.
– Enraciné dans les cantons ruraux catholiques et très proches de l’Eglise, le parti s’ouvre vers d’autres horizons au cours du 20ème siècle: il se diffuse dans les zones urbaines et un peu parmi d’autres confessions.
– Le nom du parti reflète cette longue évolution: Parti conservateur de Suisse en 1912, il devient Parti conservateur-chrétien social en 1957 et finalement Parti démocrate-chrétien en 1970. Depuis quelques années, il est parfois question d’abandonner la connotation chrétienne pour davantage insister sur le caractère centriste du parti.
Le PDC subit une érosion constante de son électorat depuis plus de vingt ans.
En 1983, il comptait 60 siège au Parlement et 20,2% de l’électorat.
En 2003, il n’avait plus de 43 sièges et 14,4% d’électeurs.
Suite à cet effondrement, le PDC a perdu l’un de ses deux sièges au gouvernement en décembre 2003.
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