Colère protestante contre Israël
L'Eglise évangélique suisse condamne les violences israéliennes. Pour leur part, les catholiques refusent de commenter l'affaire de la Madone de Bethléem.
Touchée par le tir d’un tank israélien. L’image de la statue de la Madone de l’hôpital et de l’orphelinat de la Sainte Famille de Bethléem a fait le tour du monde. C’est le signe d’une présence chrétienne dans un territoire également sacré pour les juifs comme pour les musulmans.
Mais c’est aussi devenu le symbole d’une guerre sans fin destinée à envahir les Territoires placés sous autorité palestinienne.
Prudence du Vatican
Cette statue de la Vierge Marie, illuminée de nuit, a été endommagée au cours d’échanges de tirs entre combattants palestiniens et soldats israéliens. Vraisemblablement par les éclats d’un obus de tank israélien. L’établissement est géré par les Sœurs de Saint Vincent de Paul.
Les milieux ecclésiastiques à Jérusalem, comme à Bethléem, se refusent à monter cette affaire en épingle. «Il s’agit plus d’un accident que d’un tir délibéré», insistent-ils.
Même au Patriarcat latin de Jérusalem on ne voit dans cet incident «aucune portée symbolique». Pourtant le Patriarche, Mgr Michel Sabbah, est un Palestinien très engagé politiquement. La même discrétion prévaut du côté du Vatican.
Reste que l’hôpital catholique de la Sainte Famille n’a pas été le seul à avoir été touché. L’offensive israélienne sur Bethléem des derniers jours a aussi frappé l’école Dar-al-Kalima.
Cette structure, édifiée il y a deux ans, a notamment été bâtie grâce à une contribution de 80 000 francs de l’Eglise bernoise. Le projet est issu de la collaboration entre l’Eglise réformée suisse (luthérienne) et de la communauté évangélique en Palestine.
Colère de l’Eglise évangélique
«L’école reçoit 240 élèves musulmans et chrétiens», a précisé Albert Wieger, porte-parole de l’Eglise bernoise, sur les ondes de radio DRS. Ces attaques dévastatrices effectuées contre l’édifice nous ont profondément touchés, car sa construction a été financée avec les offrandes des communautés locales. C’est dur de voir maintenant comment l’engagement suisse pour construire la paix est délibérément détruit».
La Fédération des Eglises évangéliques de Suisse dénonce fortement la dégradation des relations entre Israéliens et Palestiniens. Chaque jour, les journaux parlent d’une situation qui empire. Les morts, les blessés et les destructions s’ajoutent à un bilan déjà lourd. L’Eglise évangélique réagit à cette recrudescence. Elle demande un changement et un retour à la table des négociations.
Les représentants de l’Eglise demandent clairement le retrait des Territoires occupés par l’armée israélienne, l’arrêt des implantations de colons et des solutions pour les réfugiés. Ils se disent également en faveur d’un partage de Jérusalem et du droit des Palestiniens d’en faire leur capitale.
L’Eglise évangélique réclame l’intervention de la communauté internationale pour débloquer la situation. Seul un soutien effectif pour la paix pourra mettre fin aux attentats suicide d’une jeunesse palestinienne sans espoir, lit-on encore dans le communiqué.
L’Eglise réformée suisse (Eglise d’Etat) s’expose rarement aussi clairement sur le terrain politique. Mais pour le pasteur Daniele Campoli, de Lugano, c’est le moment de le faire.
Il n’existe pas d’Eglise apolitique
«Tout le monde voit ce qui se passe depuis des années en Palestine. Les chrétiens ne peuvent pas se taire face à une guerre qui frappe indistinctement les musulmans, les juifs et les chrétiens», déclare-t-il.
«Certes, il existe un embarras justifié à critiquer Israël, spécialement en Europe où plane encore l’ombre de la Shoah, poursuit le pasteur. En outre, dans nos pays non plus il ne manque pas de mouvements extrémistes qui pourraient profiter d’une animosité incontrôlée».
Une certaine attention dans la formulation des critiques s’impose donc. «Mais dans ce cas, souligne le pasteur Daniele Campoli, nous devons analyser la situation avec une autre optique: Israël aussi est un pays multiethnique avec des personnes de diverses croyances qui doivent pouvoir vivre ensemble pacifiquement.»
Pour l’Eglise réformée suisse, il n’est pas toujours facile de tomber d’accord sur une position unitaire. En effet, sa structure démocratique rend laborieux la recherche d’un consensus à propos de thèmes brûlants.
«En notre sein cohabitent plusieurs tendances, explique Daniele Campoli. Il y a les progressistes qui veulent un engagement politique et social et les conservateurs qui en revanche veulent une Eglise officielle et aux valeurs traditionnelles.»
Le président de la Fédération des Eglises réformées suisses, Thomas Wipf, a cependant réaffirmé «qu’il n’existe pas d’Eglise apolitique». Ce que Daniele Campoli confirme: «l’engagement chrétien est aussi un engagement concret et ce cas le démontre.»
Avec l’aide humanitaire, les Eglises ont voulu fournir une contribution active à la culture de la paix en Palestine, par-delà les clivages religieux. La destruction par l’armée israélienne d’un engagement qui dure depuis des années suscite une plus grande détermination.
swissinfo/Daniele Papacella avec Serge Ronen
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