Hugo et Kahn au Café du Commerce
Au Salon du Livre, le journaliste français, patron de l'hebdomadaire «Marianne», signe son livre sur Hugo et parle de politique française avec les badauds.
Une grosse pile de gros pavés: «Victor Hugo le révolutionnaire, suivi de L’Extraordinaire métamorphose» (Fayard). En fait, deux livres en un. Et derrière, la tête dégarnie et néanmoins très médiatique de Jean-François Kahn. Si moult auteurs voient défiler les visiteurs sans que ceux-ci ne leur prêtent garde, ce n’est pas le cas pour Jean-François Kahn.
Mais ce n’est pas tellement d’Hugo qu’on lui parle. On lui dit qu’on l’aime. Qu’il est très bien à la télé. Ou qu’on ne l’y voit pas assez, ce que le principal intéressé dénie: «Pourtant, ces temps, avec les élections… »
Les élections, justement. Chacun y va de son commentaire. Un Français socialiste, que l’idée de voter Chirac révulse… Sa femme, qui regrette que Le Pen soit le seul véritable «tribun» du paysage politique français…Une Genevoise, qui dit que «ici aussi, il y a beaucoup d’insécurité avec tous ces étrangers». Selon les cas, Kahn sourit, s’emporte, s’enthousiasme, tempête, postillonne, fidèle à lui-même et à son bouillonnement permanent.
Et Hugo dans tout ça?
Jean-François Kahn propose deux livres en un. «Victor Hugo le révolutionnaire», réédition d’un ouvrage qu’il avait écrit il y a 18 ans. Et «L’extraordinaire métamorphose». Un essai «qui met en avant des aspects totalement ignorés, insoupçonnés de Victor Hugo. Et pour cause: on a fait en sorte depuis un siècle qu’on ne puisse pas les connaître. On les a totalement occultés tellement ils étaient dangereux, subversifs».
Par exemple? La religion: «Hugo est un homme pénétré de Dieu, habité par Dieu, pour qui le dialogue avec Dieu est obsessionnel, il écrit des milliers de vers là-dessus. Et parce que Dieu est essentiel pour lui, il est totalement anti-clérical. Pour lui, toute religion, toute Eglise est blasphématoire. Il écrit donc contre les religions, contre l’islam, contre le catholicisme, contre le judaïsme des pages d’une violence telle qu’elles seraient impubliables aujourd’hui.»
Hugo subversif, donc, mais Hugo visionnaire également. Et Jean-François Kahn de se lancer dans une énumération qui fait ressembler Hugo à Léonard de Vinci. Car Hugo a aussi bien envisagé les états unis d’Europe, la monnaie unique, l’égalité homme-femme que le canal de Panama, le tunnel sous la Manche, les «charrues à moteur», l’hélicoptère ou l’électrification de la planète!
Une absence criante
Jean-François Kahn est président de la commission du bicentenaire pour le monde. L’absence criante de Victor Hugo dans ce 16e Salon du Livre de Genève l’agace donc tout particulièrement. «Je suis très déçu. Cela aurait été l’occasion de placer ce Salon sous l’égide d’Hugo, ou même d’Hugo, de Zola (mort en 1902, ndlr ) et de Dumas, dont on fêtera bientôt aussi le bicentenaire.»
Et d’ajouter: «Je suis très déçu qu’ils n’y aient pas pensé. Cela m’interroge d’ailleurs sur la dérive de plus en plus ‘marketing’ de ces manifestations, parce que cela aurait dû s’imposer».
Quittons un instant la réalité pour la fiction. Jean-François Kahn sort de Palexpo, fait quelques pas et tombe sur Victor Hugo, que lui dit-il? «qu’on aurait bien besoin de lui actuellement en France. Franchement».
swissinfo/Bernard Léchot
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