L’Eglise prône le compromis pour sauver le mouvement des sans-papiers
Alors que la menace d'une évacuation par la force plane toujours, Mgr Bernard Genoud demande aux sans-papiers de quitter l'église Saint-Paul, à Fribourg. En contrepartie, l'évêque s'engage à intervenir auprès des instances fédérales pour trouver une solution.
«Il faut laisser le temps au dialogue, affirme l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Notre objectif est d’éviter un durcissement des positons qui ne pourrait que porter préjudice au mouvement.»
Mgr Bernard Genoud a donc écrit jeudi aux sans-papiers qui occupent le centre paroissial de Saint-Paul depuis plus de 50 jours. En substance, l’évêque prie le mouvement de bien vouloir évacuer l’église. Il lui conseille de s’installer au couvent des sœurs d’Ingenbohl, conformément à la récente proposition du Conseil de paroisse. Une option jusqu’ici refusée par le mouvement.
Pas un désengagement
En demandant aux sans-papiers de s’incliner, Mgr Genoud dit vouloir avant tout éviter une intervention policière. «Mon objectif n’est pas de casser le mouvement, déclare par ailleurs l’évêque. Au contraire. En lui proposant de s’installer dans le couvent des sœurs d’Ingenbohl, je lui donne la possibilité de durer».
«Aujourd’hui, il faut que les sans-papiers nous aident à les aider», ajoute l’évêque. Il craint en effet qu’en durcissant leurs positions, les clandestins ne cassent le dialogue avec les autorités et n’encouragent d’éventuels sentiments xénophobes au sein de la population fribourgeoise qui, jusqu’ici, s’est montrée plutôt généreuse.
Cette prise de position ne doit pas être considérée comme un désengagement de ma part, déclare en substance Mgr Genoud. Au contraire, le prélat affirme que par son intervention, ce n’est plus simplement la paroisse de St-Paul qui s’engage auprès des sans-papiers, mais bien l’ensemble de la communauté chrétienne.
une normalisation au cas par cas
Plus concrètement, Mgr Genoud entend inciter le Conseil fédéral à revoir les critères relatifs à la régularisation des sans-papiers. «J’ai déjà interpellé le président de la Conférence des évêques suisses à ce sujet», écrit-il dans sa lettre aux occupants de l’église St-Paul. La «question sera débattue et des moyens d’intervention concrets étudiés» lors de la prochaine rencontre des évêques suisses le 2 septembre, promet-il.
Et le prélat de rappeler que les évêques suisses ont toujours exprimé leur désapprobation face à la rigidité de la législation suisse sur l’asile.
Pourtant, Mgr Genoud l’a répété, il ne soutient pas l’idée d’une régularisation globale des occupants de la paroisse St-Paul. Pour lui, seul une normalisation au cas par cas peut être sérieusement envisagée.
Le groupe de sans-papiers occupe le centre paroissial qui jouxte l’église Saint-Paul à Fribourg depuis le lundi de Pentecôte. Il demande la régularisation globale de 84 personnes.
Vanda Janka
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