La caution d’Adolf Muschg aux sans-papiers
Après la Suisse romande, les sans-papiers prennent leurs quartiers du côté alémanique. L'écrivain Adolf Muschg affiche son soutient au mouvement.
«L’affaire des sans-papiers révèle la schizophrénie dont souffre la Suisse. Nous profitions du travail des clandestins sans pour autant leur accorder le moindre droit. C’est une attitude profondément malhonnête», déclare Adolf Muschg.
Et l’écrivain alémanique de préciser: «L’existence de ces personnes n’est pas uniquement une affaire de législation. Pour ma part, je souhaite contribuer au développement d’une prise de conscience globale en affirmant tout simplement que nous sommes tous concernés par le sort de ces gens.»
Pour une nouvelle vision de la société suisse
Adolf Muschg l’a dit haut et fort ce vendredi. Il soutient la cause des sans-papier et, à travers eux, une nouvelle vision de la société suisse.
Un engagement d’autant plus important que l’appel des clandestins peine à se frayer un chemin dans le cercle des politiciens. A plusieurs reprises, le gouvernement suisse a réitéré son refus d’accorder une amnistie générale aux sans-papiers. Fin septembre, le Conseil national a même refusé la tenue d’un débat sur leur sort.
Pour autant, le mouvement des sans-papiers ne s’essouffle pas. «Bien au contraire, affirme Jean Kunz, représentant du collectif fribourgeois des sans-papiers. Le mouvement a même acquis une dimension nationale.»
En effet, à Berne, après avoir investi l’église de Ste-Marie à la mi-septembre, un collectif de clandestin occupe désormais un lieu de culte protestant du quartier de la Laenggasse. Un autre groupe de sans-papiers s’est installé dans l’église St Antoine à Bâle. Et, récemment, Zurich a même connu une occupation symbolique du Grossmünster durant 24 heures.
Une manifestation le 24 novembre à Berne
«Avec l’élargissement du mouvement, les politiciens ne pourront plus balayer la question des sans-papiers d’un revers de main sous prétexte qu’elle ne concerne que les cantons romands», affirme Jean Kunz. Et, dit-il, «si c’est encore nécessaire, la manifestation prévue le 24 novembre à Berne prouvera que le débat est bel et bien urgent et national.»
«Le monde politique ne peut pas continuer à ignorer la question, renchérit Jean Kunz. Malgré toutes les prédictions, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur.»
Et de citer l’exemple fribourgeois. «Après six mois d’occupation et malgré les multiples menaces d’évacuation auxquelles il a été soumis, le collectif ne cesse de prendre de l’ampleur. Il compte désormais 170 membres répartis sur deux listes, explique Jean Kunz. Malgré la peur et l’insécurité, les clandestins ne désarment pas.»
Une volonté d’autant plus méritoire qu’une nouvelle menace d’expulsion plane sur le groupe réfugié dans les locaux d’un centre artistique. Le directeur de la police fribourgeois, Claude Grandjean, leur avait donné jusqu’au 31 octobre pour quitter la Suisse. «Pour l’heure aucune évacuation n’a été annoncée, souligne Jean Kunz. Mais nous devons assurer la sécurité des personnes et rester sur nos gardes.»
Vanda Janka
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