Le monothéisme source de révolte
A Lausanne, Armad Deladoëy adapte au théâtre «L'Evangile selon Jésus-Christ».
A la lumière de ce roman de José Saramago, le metteur en scène vaudois explique la violence de notre époque. Entretien.
Lorsque le monde est saisi par une course aux extrêmes et qu’un peu partout prolifèrent les logiques de violence, alors l’urgence vous pousse à emprunter la voix des poètes.
Le poète qu’a choisi Armand Deladoëy est le Portugais José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998.
Tout de suite après les événements du 11 septembre, le metteur en scène appelle l’écrivain pour lui faire part de son projet: adapter au théâtre «L’Evangile selon Jésus-Christ».
Roman que Saramago publiait en 1991 et que Deladoëy présente actuellement à la Grange de Dorigny (Lausanne), sous l’intitulé «Le Tryptique de Tibériade».
L’éclairage d’un grand auteur
Trois volets, donc, à travers lesquels se lit en filigrane l’histoire d’une double quête. Celle que Jésus mène sur lui-même; et celle que l’Occident chrétien poursuit aujourd’hui en s’interrogeant sur ses propres croyances.
«Après l’écroulement du World Trade Center, confie Armand Deladoëy, j’ai pensé que seul un grand auteur pouvait apporter un éclairage à la crise des valeurs que nous vivons».
D’où le désir de mettre en scène cet «Evangile hérétique» qui montre, s’il est lu intelligemment, que toute pensée monothéiste contient une part d’impérialisme qui engendre la violence.
«Il y a, poursuit Deladoëy, un absolutisme violent dans l’idée d’un rédempteur unique dont la mort sur la croix sauve l’humanité entière. Longtemps, l’Occident a imposé cette idée-là aux autres populations de la Terre. On en voit aujourd’hui le résultat: une révolte sanglante».
Une voix d’aujourd’hui
Le tableau central du «Tryptique» est représentatif à cet égard. Jésus, qui est une voix d’aujourd’hui, se révolte contre Dieu son père parce qu’il a compris que sa crucifixion n’a finalement servi à rien. Depuis, le mal n’a jamais cessé d’exister sur terre.
Philosophique, métaphysique, «Le Tryptique de Tibériade» n’est pas une oeuvre que l’on consomme facilement. Aussi Armand Deladoëy a t-il réduit la scène à sa plus simple expression.
Le premier volet, qui retrace l’adolescence du Christ, se passe devant le rideau de scène. Le deuxième, sur une tournette où Dieu, en conversation avec son fils, trouve sa place sur une chaise d’arbitre.
Quant au troisième, il épouse la forme d’un cyclorama où Marie-Madeleine vient raconter la troublante histoire d’amour qu’elle a vécue avec un homme, Jésus, lui-même pris dans un immense conflit.
swissinfo/Ghania Adamo
«Le Tryptique de Tibériade». A Lausanne, Grange de Dorigny; jusqu’au 15 décembre. Tel: 021/692 21 12
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