Les Afghans de Suisse rejettent terrorisme et représailles
La communauté afghane de Suisse vit très mal l'assassinat du commandant Massoud. Elle lui rendra hommage dimanche, à Genève. Mais elle dira aussi son refus du terrorisme et sa peur de représailles qui ne feraient qu'aggraver les souffrances de tout un peuple.
«La communauté afghane de Suisse est abasourdie», dit à swissinfo Humayun Tandar, chargé d’affaires de la Mission permanente de l’Etat islamique d’Afghanistan à Genève. «Nous avons même vu pleurer des gens que nous ne soupçonnions pas de sympathie particulière pour le Commandant Massoud».
Zia Farhang, membre de l’Association des Afghans de Suisse, fait le même constat: «Nous sommes en plein désarroi, nous nous sentons un peu orphelins, nous vivons très mal la disparition du commandant martyr. Mais nous savons aussi que sa mort fera que la résistance afghane bénéficiera à nouveau du soutien international».
En Suisse, la communauté afghane regroupe entre 2500 et 3000 personnes. Certaines s’y sont installées il y a longtemps déjà, notamment après la fin de leurs études. Beaucoup plus nombreuses sont celles qui y ont cherché refuge dans les années 80, lors de l’occupation de l’Afghanistan par les troupes soviétiques. Un troisième groupe est arrivé plus tard encore, dont certains anciens dignitaires du régime communiste fuyant la montée du pouvoir taliban.
«Personne n’a voulu nous écouter»
«Notre communauté est visiblement très diversifiée, explique Zia Farhang, mais elle vit cela comme dans la société afghane, c’est-à-dire avec un sens très large de la famille. On peut même dire que cette diversité se retrouve à l’intérieur de chaque famille. Seuls une vingtaine d’individus sont vraiment considérés comme des parias.»
Plusieurs associations afghanes de Suisse ont donc décidé de se rassembler dimanche à Genève, place des Nations, pour rendre hommage au Commandant Massoud. Les commentaires sur sa mort convergent. Le chef de la résistance a été supprimé parce qu’au lendemain des attentats sur sol américain, une fois armé, il aurait représenté un adversaire dangereux pour les taliban comme pour Oussama ben Laden.
«Cela fait cinq ans que nous disons que les taliban constituent une grave menace, dit Humayun Tandar, mais personne n’a voulu nous écouter. Aujourd’hui, il n’y a plus l’organisation des taliban d’un côté et l’organisation Ben Laden de l’autre. Les deux se sont mariées et Ben Laden est leur chef.»
«Si les Américains attaquent les bases de Ben Laden, poursuit-il, nous applaudirons. Mais nous craignons que le peuple afghan soit pris pour cible alors qu’il n’a rien à voir dans ce qui s’est passé aux Etats-Unis. Aucun des terroristes n’était afghan, l’organisation qui est derrière les attentats n’est pas afghane non plus.»
«Dans mon pays, dit encore Humayun Tandar, il n’y a plus rien à détruire. Il ne subsiste que des Afghans qui subissent les occupations étrangères, l’injustice, l’extrémisme, le terrorisme. Il ne faut pas qu’il subisse en plus une attaque massive.»
Pour dire aussi l’attachement à l’Islam véritable
Si la communauté afghane se réunit dimanche à Genève, ce sera aussi pour condamner le terrorisme et dire son soutien à toute action qui pourrait éradiquer le fanatisme, à condition que les populations innocentes n’aient pas à en payer le prix fort, elles qui subissent le terrorisme depuis longtemps.
Pour Zia Farhang, il importe enfin de repousser l’amalgame fait entre religion musulmane et terrorisme: «L’Afghan est un musulman très tolérant, mais il est contraint de vivre aujourd’hui avec des fanatiques, nous voulons rappeler notre attachement à l’Islam véritable qui enseigne l’amour de la vie».
Bernard Weissbrodt
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