Lifting pour la «vieille Dame» de Berne
Les échafaudages qui cachaient la tour de la cathédrale depuis vingt ans ont été enfin démontés.
La façade ouest et ses trois portails d’entrée ont retrouvé leur splendeur qui remonte aux 15e et 16e siècles.
Le «Münster» est à Berne ce qu’est la tour Eiffel à Paris. Avec, en plus, une dimension historique évoquant la puissance séculaire du canton de Berne.
«C’est le symbole de la ville, cette silhouette de la cathédrale qui se profile loin à la ronde. C’est la fierté des Bernois», s’enthousiasme Arthur Liener, président de la Fondation de la cathédrale. Et gardien suprême de ce monument classé en 1990, avec toute la Vieille Ville, dans le patrimoine mondial recensé par l’UNESCO.
Mais même la molasse s’érode, et six cents ans, c’est long. Depuis 1954, la cathédrale était défigurée par des échafaudages et sa partie supérieure depuis vingt ans. Les Bernois, qui l’avaient surnommée le «sac à dos», sont ravis de la redécouvrir après cette longue cure de jouvence.
Une merveille de l’art gothique
La pose de la première pierre remonte à 1421. «Alors, précise Arthur Liener, Berne ne comptait que 5000 habitants. Par comparaison, il serait inimaginable d’entreprendre un tel chantier de nos jours!»
Plusieurs maîtres d’œuvre se succédèrent jusqu’à son achèvement, en 1588. Elle devint l’une des plus grandes églises du Moyen Age et l’une des dernières importantes constructions gothiques d’Europe. Quant à la tour de 100 mètres de haut, elle a été achevée en 1893.
Une tour qui a été utilisée pendant des siècles comme poste de guet. Le souvenir de l’incendie des vieilles maisons de bois du début du 15e siècle est resté gravé dans les mémoires jusqu’à aujourd’hui. Le clocher est du reste toujours doté de deux cloches d’incendies.
Pour Arthur Liener, «ce n’est pas n’importe quelle église mais un monument unique, qui mérite qu’on se batte pour le préserver». Loué par l’Eglise réformée depuis 1875, c’est aussi un lieu culturel important.
Ses vitraux des 17e, 18e et 20e siècles sont répertoriés. Le carillon de 5 cloches (mû électriquement depuis 1944) est parmi les plus beaux de Suisse et ses deux orgues du 18e siècle sont célèbres. Sans oublier une acoustique qui ravit les amateurs de Bach.
Le temps, cet ennemi
Comme n’importe quel bâtiment, la cathédrale est victime des intempéries. Le soleil, la pollution, le vent, mais surtout l’eau reste sont principal ennemi.
Propriétaire depuis 1875, la Ville de Berne est responsable de la conservation et de la restauration du Münster. Depuis 1993, c’est la Fondation de la cathédrale qui s’en occupe.
En 1998, l’architecte Hermann Häberli a été choisi pour assurer l’entretien du bâtiment et terminer la rénovation. C’est maintenant chose faite. Mais il a fallu reconstruire des pièces entières de la façade du «Münster», parcouru de têtes de mort et de griffons inquiétants.
«Nous avons copié les pièces abîmées, explique Hermann Häberli, et fait plutôt de la rénovation que de la conservation.»
La molasse plus dure que le béton
En tout, 250 tonnes de molasse ont été démontées et remplacées. De la molasse extraite de la carrière du Gurten et taillée dans la fabrique des bords de l’Aar, toutes deux propriétés de la Fondation.
«Pour les parties les plus exposées, explique Hermann Häberli, nous avons utilisé de la molasse de Oberkirchener, près de Hanovre, dans le nord de l’Allemagne. Elle est deux à trois fois plus dure que le béton et nous espérons qu’elle résistera aux atteintes du temps.»
La différence de couleur entre les deux pierres est perceptible. «Mais nous avons choisi de ne rien y changer. Le temps (encore lui) se chargera de patiner le tout», conclut Arthur Liener.
Aujourd’hui, le Münster a donc retrouvé sa tour élancée et le Bernois sa fierté. Le visiteur qui s’attaque à ses 254 marches se voit récompensé par une vue à couper le souffle. Moyennant 250 francs pour une visite guidée par des spécialistes.
swissinfo/Isabelle Eichenberger
La construction de la cathédrale a duré de 1421 à 1588.
Elle appartient à la Ville de Berne depuis 1875, qui la loue à l’Eglise réformée.
L’entretien et l’exploitation coûtent 2,5 millions par an.
Ils sont assurés par la Ville de Berne et la Confédération (25%), la Loterie (10%) et la Bourgeoisie.
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