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Rolf Kesselring: Carnaval pour le monde entier

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«Cartes postales» de créateurs suisses expatriés... Rolf Kesselring, écrivain, ancien éditeur, nous adresse son courrier de la région de Nîmes.

Je suis né en Valais, mais j’ai vécu la plus grande partie de mon enfance dans le canton de Vaud. Alors, dans ce qui a été «mon chez moi», la période qui vient est le temps des Brandons.

Ailleurs, cela s’appelle Carnaval, Mardi gras, Pourim, Aïd el Kébir, ou l’Ode au Soleil. Toutes ces fêtes ont le même principe extraire de soi et des choses, le côté obscur afin d’offrir de la chaleur et de l’espoir.

Et la viande va

Chez les catholiques, le Mardi gras signifie la rupture avec l’austérité de la période du Carême, de la privation de viande et de nourriture riche et abondante. Devant, la mémoire populaire, en pays protestant, les autorités religieuses durent consentir à ce défoulement populaire, au sortir de l’hiver.

La référence, comme toujours, était ces fêtes païennes où, pour fêter la fin de l’hiver, de la famine et des privations, on faisait bombance, ripaille et où l’on festoyait pour fêter le retour du soleil, de la chaleur, bref, des beaux jours, enfin, après avoir vécu comme des taupes aveugles et affamées durant la saison d’hiver.

Alors, la viande apparaît, la chair aussi. On mange gras, on fait aller la viande et on libère sa propre chair, sous le couvert de déguisements. Tout est permis. La vie va, éclatante, joyeuse, solidaire.

Brûler le désespoir

D’ailleurs, c’est bien simple, la fête culmine toujours avec le même rite, et ceci depuis des temps immémoriaux, on finit toujours par brûler le «bonhomme». C’est-à-dire que, dans une volonté ancestrale de renaître à la belle saison qui s’annonce, on met le feu au «vieil homme», afin de permettre l’arrivée de l’homme neuf.

Feux de joie, brasiers jubilatoires, bûchers ardents et purificateurs, on brûle l’hiver pour annoncer le retour de la chaleur, cette source de vie. On calcine le désespoir de nos existences pour aider à faire naître un espoir. Bref, on remet la maison à neuf !

On fait sortir de soi tous les diables ordinaires qui hantent notre mémoire. On fait table rase de tout ce qui est arrivé et on reconstruit notre existence commune en incendiant le symbole mortifère de l’hiver, c’est-à-dire qu’on réduit en cendres le passé.

Un espoir vital

Cette tradition appartient au vieux fond commun de l’espèce humaine, du Vieux Cornu au Dieu vivant des croyants actuels. Le besoin de vaincre sa condition désespérante et de jeter une passerelle vers un avenir tout neuf, est inscrit dans nos gènes. Cela permet de survivre quels que soient les aléas et les vicissitudes de nos existences.

Et cela marche ! Chaque année, dès que la température remonte, dès que la lumière augmente, notre baromètre vital suit la même courbe. Nous ressuscitons tous ! Après, vient le Mercredi des Cendres. La vie reprend, affreusement quotidienne. C’est bas les masques jusqu’à l’année suivante… où tout recommence

Un Carnaval de l’Histoire?

Quelquefois, je me surprends à penser que le Carnaval ou les Brandons, cette vieille cérémonie des hommes, devrait être possible sur le plan historique. Imaginez que les famines, les guerres, la misère, soient un hiver de l’humanité et qu’un jour nous décidions tous de brûler les «Bonshommes Hiver» qui nous dirigent si mal ! Notre histoire deviendrait alors moins désespérante, moins dégradante, plus humaine !

«Je ne veux nommer personne», comme disent les Vaudois, mais, actuellement, je connais bien des politiques qui devraient monter au bûcher et flamberaient assez vivement. Alors, comme disaient certains : «après, la fête pourrait enfin commencer».

Rolf Kesselring

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