Un Suisse fête Noël à Jérusalem
A la tête de l'Ecole biblique de Jérusalem, le Dominicain fribourgeois, Jean-Michel Poffet, 58 ans, fête la Nativité dans un climat de guerre.
Plusieurs Dominicains de l’institution avaient pour habitude de se rendre ensuite à pied à Bethléem pour participer à la messe de minuit. Pour des raisons évidentes de sécurité, il n’en a pas été question cette année.
Néanmoins, «c’est touchant de commémorer cette fête dans un tel climat d’insécurité, car le premier Noël a certainement dû se vivre dans une extrême discrétion» (Marie accouchant de Jésus dans une grotte).
A Jérusalem, «il est dangereux de se balader du côté des colonies. Mais ce qui est plus troublant encore, c’est que, même dans la ville nouvelle, les attentats-suicides peuvent frapper n’importe qui, n’importe quand.»
Raison pour laquelle prêtres et étudiants de l’Ecole biblique de Jérusalem sortent peu. Leur propriété et leur bibliothèque sont assez vastes pour y séjourner et y travailler sereinement.
«Nous faisons tous très attention». Heureusement, le Mont des Oliviers est encore un emplacement de Jérusalem où il fait bon se promener.
Nazareth plutôt que Bethléem?
En Israël, la situation peut changer de 24 h en 24h. Aussi, il est impossible de prévoir quelle ampleur peut prendre la fête de Noël dans les territoires de Cisjordanie. Reste que, «d’une manière ou d’une autre, Bethléem va fêter l’événement».
Dès lors, les chrétiens ne feraient-ils pas mieux de fêter Noël à Nazareth? Car, faute de trace d’un recensement romain autour de l’an 0, nombre d’exégètes penchent pour dire que Jésus de Nazareth serait né en Galilée plutôt qu’à Bethléem (descendance prédite du roi David).
«Fêter la naissance du Christ à Bethléem est une tradition tout à fait vénérable. Les Saintes Ecritures situent l’événement dans cette ville». Quand bien même l’enquête historique pose problème à ce niveau-là.
Mais, «si le prince de la paix est vraiment venu en ce monde, comment se fait-il qu’on en voit si peu les fruits?», demande souvent le cuisinier palestinien de l’institution à son directeur J.-M. Poffet: «c’est là le drame de cette terre dite sainte, qui a surtout besoin de le devenir».
D’ailleurs, «j’ai peine à discerner dans la Bible qu’une seule nation puisse revendiquer l’occupation de cette terre. Certes, je reconnais Israël comme le peuple élu, puisque cela est écrit dans la Bible. Mais j’y lis aussi le respect de l’étranger qui vit au milieu de toi, ô Israël.»
Un Dieu d’amour pour tous
A ce propos, «ce qui blesse beaucoup de gens ici et ce dont on ne se rend pas vraiment compte en Occident, c’est le discours tenu par certains Etats à l’encontre du monde arabe et musulman. Les Occidentaux feraient bien de faire attention de ne pas laisser sous-entendre que la culture et la civilisation ne seraient que l’apanage d’un seul côté de la planète.»
«Il est donc grand temps que les juifs, les musulmans et les chrétiens se mettent à observer ce Dieu d’amour en qui nous prétendons tous croire. On ne nie pas deux mille ans d’histoire, voire le double si l’on compte depuis la venue d’Abraham en Canaan. Israël ne peut pas se comporter aujourd’hui comme si les musulmans et les chrétiens n’existaient pas.»
L’épisode de Jésus-Christ et de son message adressé à la Samaritaine dans les Evangiles est clair: «ni à Jérusalem, ni sur cette montagne, mais partout où l’on pourra rencontrer le Dieu vivant» (Jean 4:21).
Emmanuel Manzi
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